"Boyhood" est un film hors norme écrit et réalisé par Richard Linkage, sorti sur les écrans en 2014 et dont le tournage a duré... 12 ans

Ellar Coltrane, Ethan Hawke et Lorelei Linklater
Ellar Coltrane, Ethan Hawke et Lorelei Linklater © Universal

Le tournage de Boyhood a commencé douze ans plus tôt sans que l’on ait à faire à l’une ces histoires de tournage mouvementé, ajourné, reporté dont le cinéma raffole à intervalles réguliers. Non, ici, seuls le projet initial et la volonté du cinéaste sont en cause.

Richard Linklater a décidé de raconter sur cette longue période l’enfance et l’adolescence d’un garçon nommé Mason et joué de bout en bout par Ellar Coltrane, tandis que ses parents sont incarnés d’années en années donc par Patricia Arquette, qui a ainsi obtenu l’Oscar de la Meilleure actrice de second rôle et par Ethan Hawke. Et c’est la propre fille de Linklater qui joue le rôle de la sœur de Mason. 

Il s’agit bel et bien par conséquent d’une fiction jouée par des acteurs mais si l’on peut dire en temps réel, c’est-à-dire en filmant littéralement l’écoulement du temps dans la vie des personnages comme dans celle de ceux qui les interprètent. Le récit suit à la manière d’un documentaire, à raison de quatre jours de tournage par an, l’évolution du petit Mason entre une mère Courage qui reprend ses études pour un meilleur confort social et familial et un père affectueux mais qui devient absent du foyer et laisse la place à des compagnons successifs. Avec à la clé des moments de grâce comme un concert improvisé par Ethan Hawke.

Avec tout autant de moments de tension entre adultes ou entre parents et enfants. C’est ainsi que bien que scénarisé comme n’importe quel autre film de fiction, Boyhood atteint des sommets d’authenticité quotidienne grâce à ce dispositif à nul autre pareil. 

Ours d’argent au Festival de Berlin en 2014, ce film résume à lui tout seul le charme et le mystère du cinéma. Ce dernier fige pour l’éternité des acteurs dans la peau de personnages imaginaires. Linklater ne détruit évidemment pas cet artifice qui devient pérenne, mais il le dote d’une dimension supplémentaire et fascinante. Car le film donne vraiment à voir le temps qui passe, ses effets, ses conséquences, comme un miroir tendu aux spectateurs. Une expérience cinématographique quasiment unique dans l’histoire mondiale de cet art de la captation du vivant. On se laisse prendre à cette narration délicate comme on se surprend à scruter l’évolution physique des personnages-acteurs. 

Ce qui n’aurait pu être qu’un film expérimental s’avère être une passionnante plongée au cœur même de la création cinématographique et des vertiges qu’elle procure. On se quitte en musique avec un extrait de  la riche BO, Deap Blue du groupe Arcade Fire.

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