Un monstre marin en titre, un pharaon en BO, le film affiche clairement la couleur : son propos sera démesuré ou ne sera pas. Vous pouvez visionner "Léviathan" de Andreï Zviaguintsev sur la plateforme VOD UniversCiné, notre partenariat cinéma de l'été !

Aleksey Serebryakov
Aleksey Serebryakov © Pyramide Distribution

Le film d'Andreï Zviaguintsev s'ouvre sur la musique du compositeur Phill Glass et se terminera au rythme impressionnant de la même partition musicale extraite de son opéra intitulé Akenathon.

Tout part de l’histoire banale d’un propriétaire qui défend son bien. Soit le dénommé Kolia habitant  et garagiste d’un pauvre village situé au bord de la mer de Barents, véritable déchèterie nucléaire de la Russie. Assurément un paysage d’apocalypse qui va devenir le théâtre grandiose et déchiré d’une tragédie humaine et politique, faisant du malheureux et impulsif Kolia, un frère jumeau de Job.

Exproprié de sa maison par la mairie qui a besoin de son terrain pour construire un centre de télécommunications, Kolia va s’imaginer qu’il peut se dresser contre cette décision. Or, l’élu est un maffieux de la plus belle eau, capable de mobiliser et les autorités administratives supérieures et le clergé orthodoxe local pour parvenir à ses fins illégales. Cerise sur son maigre gâteau, Kolia ne trouve rien de mieux à faire que de prendre pour avocat  Dimitri, son vieil ami avocat moscovite de renom, qui n’est autre que l’amant de sa femme. S’ensuivent des discussions qui virent sans cesse à l’affrontement.

Noir, c’est noir : la Russie que décrit Leviathan n’est menée au quotidien que par l’injustice, la corruption, la violence verbale et physique et un alcoolisme endémique. Et ce, bien au-delà des systèmes politique, semble nous dire Andrei Zviaguintsev, notamment dans cette scène d’anthologie hallucinante, au cours de laquelle Kolia et ses amis tirent à la kalachnikov sur les portraits des dirigeants soviétiques d’hier, de Lénine jusqu’à Brejnev. 

Autrement dit, c’est l’autocratie qui encore et toujours régimente la vie sociale de l’ancien pays des Tsars. 

Et la Russie de Poutine, jamais cité mais omniprésent dans le film, y ajoute le développement incessant d’un capitalisme sauvage et barbare, selon les mots du cinéaste lui-même. Ce dernier, comme à son habitude, déploie pour raconter cette éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer une cinématographie d’une incroyable beauté. Comme s’il s’agissait d’affirmer haut et fort que pour filmer la pourriture de ce monde, on ne saurait en aucun cas renoncer aux possibilités de l’image. En témoigne ce spectaculaire cadavre de baleine échoué sur le sable qui hante le film comme la métaphore d’un monde en décomposition. Et de nouveau résonnent les accords solennels de la partition de Phil Glass…. 

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