Tube de l'année 1998, figurant sur le sublime album "Fantaisie militaire", "La nuit je mens" laisse toute la place à l'imagination de celui ou celle qui l'écoute.

Alain Bashung, portrait
Alain Bashung, portrait © Getty / Chrtistophe d'Yvoire/Sygma

Rediffusion de l'émission du 15 mars 2019

Que l'on connaisse ou non la musique, ce qui compte souvent, c’est la première image. La première image du film que l’on se fait à l’écoute d’une chanson. Pour "La nuit je mens", ce sont des mots qui fixent le tableau. Jean Fauque en a fourni un arsenal d’une dizaine de pages et Bashung a extrait ceux qui résisteraient toujours à l’usure. Parmi eux, ce début : « On m'a vu dans le Vercors sauter à l'élastique. » À l'instar ce ces premières lignes, la chanson se dessine par flashs, ou par saillies. Bashung détaille : 

Ça me plaît d’arriver à l’émotion sans explications. Les explications, nos vies en sont pleines. Notre quotidien est un parcours fléché et, en même temps, on ne comprend pas comment ça marche.

"La nuit je mens" est donc une chanson grande ouverte, où tous les fantasmes sont possibles. Comme celui-ci : c’est l’histoire d’un homme qui s’invente une légende pour retenir un amour qui s’en va.

Le morceau figure sur l'album Fantaisie militaire, paru en janvier 1998. À cet album, Pierre Lemarchand a consacré un livre précieux, intitulé Alain Bashung - Fantaisie militaire et paru aux éditions Densité. Il écrit : 

Fantaisie militaire est une manière de synthèse de son époque.

Bashung a voulu bâtir le disque avec des bruits électroniques, des cordes frottées et l’électricité des guitares. Et puis il y a sa voix, qui laisse de la place pour le décor. Au-delà des paroles, une voix qui dirait : « Je ne suis pas très sûr de tout ça, mais parlons-en. »Pierre Lemarchand raconte que Bashung se baladait avec une valise, dans laquelle étaient consignées ses idées musicales sur des cassettes DAT et des cahiers d’écolier. Pour "La nuit je mens", il ouvre sa valise à un duo de compositeurs et de réalisateurs qui s’appelle 

Les Valentins, soit Édith Fambuena et Jean-Louis Piérot. Si l'on effeuille seulement quelques-unes des dizaines de pistes du morceau, sans prétendre à une reconstitution, on constate qu'ils ont d’abord placé une guitare qui ferait de la chanson une ballade folk. On entend ensuite plusieurs guitares électriques, qui agrandissent la pièce, des cymbales qui déboulent comme des paquets d’eau... et un ensemble de cordes, arrangées par Joseph Racaille, qui achève de transformer la chanson en vol plané.Pour Pierre Lemarchand, "La nuit je mens", c’est l’image d’une vis qui monterait et descendrait à l’infini. Et l'on ne voit pas quoi ajouter...

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