Starmania, le célèbre opéra-rock créé par Luc Plamondon et Michel Berger, fête ses 40 ans en avril 2019. Retour en quatre minutes sur une œuvre futuriste qui, à bien des égards, avait entre 10 et 40 ans d'avance sur son époque et dont les tubes indémodables traversent les années sans vieillir.

Michel Berger a annoncé publiquement son envie de comédie musicale à la française, avec une chanson. C’était un duo avec France Gall. En effet, si l'on écoute attentivement les paroles de "Ça balance pas mal à Paris", on découvre que ce texte détaille les intentions de Berger avec Starmania.

J'veux faire un show / J'demande pas mieux / Mets du nouveau / C'est tout ce que j'veux / Mais j'veux pas copier Ginger Rogers / Pourquoi toujours America first ? West Side Story ? / C'est bien fini / Les Parapluies ? / C'était joli / Mais je veux faire quelque chose à moi / Faudra travailler mais pourquoi pas ?

« Ça marchera jamais. » C’est ce que Michel Berger s’est entendu dire. Parce que la comédie musicale est une spécialité américaine, pas française. La comédie musicale, de jeunes vedettes françaises s’y étaient déjà essayées : Julien Clerc dans Hair ou même Alain Bashung dans le rôle de Robespierre dans La Révolution française, un opéra-rock qui a posé les jalons d’une esthétique hexagonale à grand spectacle, dès 1974.

Mais là où Starmania détonne, c’est qu’il ne s’agit ni d’une adaptation, ni d’une fresque historique. Le livret, signé du québécois Luc Plamondon, est futuriste.  Or, en 1978-1979, le futur, c’est quoi ? C’est l’an 2000 et des émeutes urbaines, racontées dans la chanson, prophétique ?, "Quand on arrive en ville".

Starmania serait également visionnaire avec un autre personnage, celui de Zéro Janvier, magnat de l’immobilier, qui se lance en politique, qui rêve d’être un artiste, acteur, pour pouvoir se trouver beau sur un grand écran en couleur. On dirait du Donald Trump. Dans un autre genre et un futur plus immédiat, c’est à Bernard Tapie que l’on a eu droit.

En 1978-1979, en pleine explosion punk, Plamondon et Berger proposaient pop et chant lyrique. Mais d’une certaine façon, ils disaient « No Future », eux aussi. 

Starmania impose un modèle vocal qui a une décennie d’avance. Le spectacle n’annonce pas les voix monocordes des années 1980, mais celles des années 1990. Ce qu’on a appelé les "divas de la pop", incarnées par Américaines et Québécoises, pour le meilleur et pour le pire. C’est ce modèle vocal que l’on continue de célébrer dans les télé-crochets des années 2010.

Pourtant ce titre, Starmania, ça veut dire la manie des stars. Le spectacle n’est fait que de ça : d’individus qui aspirent à leur quart d’heure de célébrité, à n’importe quel prix. Luc Plamondon et Michel Berger en ont fait une élégie de l’ultramoderne solitude, dès 1978.

  • Légende du visuel principal: Le 10 avril 1979, le spectacle 'Starmania' était créé sur la scène du Palais des Congrès, à Paris, avec Daniel Balavoine et France Gall dans le casting initial © Getty
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