C'est en 1964 que les Kinks, groupe britannique mené par un binôme de frères ennemis, jettent un pavé dans la mare de la pop britannique avec "You Really Got Me". Le monde de la musique était-il prêt pour ce son distordu ? Voici l'histoire d'un tube indémodable qui secoua, notamment, la France du Général De Gaulle.

Bon, maintenant, y’en a ras le bol. Vous avez trois heures pour enregistrer le prochain titre. 

C’est ce que la maison de disques leur a dit. Parce qu’en août 1964, les Kinks n’avaient commis que des échecs. Mais ces jeunes gens n’ont pas eu besoin de trois heures pour engloutir le "vieux monde". Les trois secondes qui ouvrent "You Really Got Me" leur ont suffi.

Pour autant, les marchands de 45 tours n’étaient toujours pas contents. Ils voulaient un son ample, plein d’échos. Mais les Kinks, entêtés, ont dit non. "You Really Got Me" serait mat et cru. Cette même année, 1964, les Beatles hululent « I Wanna Hold Your Hand », soit « je veux te prendre la main ». Raymond Davies, interprète et génie des Kinks, chante quant à lui :

Tu m’excites tellement que je n’en dors pas la nuit.

Ce qui change copieusement le programme. Les Kinks, ça veut dire « les Tordus ».

Les trois secondes qui ouvrent "You Really Got Me", ce riff de guitare qui suffit à identifier immédiatement le morceau, ont eu un fort impact sur celles et ceux qui avaient 20 ans en 1964, dans la France gaulliste. Ces trois secondes voulaient dire : la vie, ça ne se gère pas comme un compte épargne. On s’en fout d’hier. Qu’importe demain. Ce qui compte, c’est tout de suite. Pour ces trois secondes, Dave Davies, guitariste de 17 ans, s’élance tout seul, alors qu’il était prévu que le batteur Bobby Graham l’accompagne. Au magazine Sound on Sound, Shel Talmy, qui a supervisé l’enregistrement du morceau, témoigne :

Comme le batteur a raté le début, à chaque fois qu’il tape sur ses fûts, c’est comme s’il disait : "Tiens, prends ça dans ta face !"

"You Really Got Me" est l’une des premières fois dans l’histoire du rock où ce qui importe, bien plus que les paroles, plus que les notes, plus que le rythme, c’est la nature du son. Un son distordu, saturé. Les Kinks entrèrent dans l’Histoire comme des malpropres. Dave Davies est parvenu à obtenir ce son en lacérant l’enceinte de son amplificateur à coups de rasoir. Il y aurait aussi planté des aiguilles à tricoter et des punaises, tout un tas de choses qui n’ont rien à faire dans un haut-parleur.

En délivrant le rock des politesses de la technique, Dave Davies invente le punk. Avec sa guitare d’écorché, il ouvre aussi la voix au heavy metal.

Au milieu du morceau, Dave Davies se lancera dans un solo. Son frère Raymond lui dira : « Vas-y Dave ! » Et Dave lui répondra : « Ta gueule Ray ! » "You Really Got Me" est aussi une histoire de frustration, de nerfs à vifs et d’ambition

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En 1964, les Kinks (Ray Davies, Dave Davies, Mick Avory et Pete Quaife) connaissent leur premier tube, celui qui lancera leur carrière © Getty / GAB Archive
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