Le 1er mai, on célèbre communément le travail, les travailleurs et les travailleuses. C'est pourquoi, ce mercredi, Pop & Co rend hommage... à la glande. De Henri Salvador à Georges Moustaki en passant par Brassens (un autre Georges), nombreux sont les chanteurs français qui ont vanté les vertus de ne rien faire.

Il y a comme une évidence absolue pour cette chronique : c’est à Henri Salvador de fixer le cap. 

Cette chanson, "Le travail, c'est la santé", date de  l'année 1965, soit d'une époque où l'on ne comptait pas les chômeurs en millions. Perdre un emploi un jour, c’était forcément en trouver un autre le lendemain. On pouvait donc adhérer sans complexe à cette belle invitation : glander. Depuis, les temps ont changé. Il est ainsi loin d'être évident qu’en 2019, un·e auteur·rice ait l’idée d’écrire des paroles comme celles-ci :

Dire qu'il y a des gens en pagaille qui courent sans cesse après le travail. (Faut être fou !) Moi, le travail me court après ; il n'est pas prêt de me rattraper.

Salvador joue du contraste entre le rythme, quasiment militaire, et le texte. Mais l’éloge de la paresse suppose plutôt langueur et volupté. En 1978, Julien Clerc reprend "Travailler, c’est trop dur", morceau écrit par Zachary Richard. Une chanson pour un mouvement de balancier, ensuqué par la chaleur et les mojitos.

En 1994 sort le premier album d’un groupe qui s’appelle Les Escrocs. Sur ce disque figure un morceau intitulé "ASSEDIC". Il raconte l’histoire d’un gars parti dans les îles parce qu’il refuse l’absurdité… de perdre sa vie à la gagner. Il adresse donc une lettre aux ASSEDIC. C'est l'une des rares fois où cet acronyme est associé aux rythmes tropicaux

Les plus grands noms de la chanson française n’ont fait qu’encourager au vagabondage, à la rêverie et autres plaisirs de la glande. Surtout un artiste qui a donné son nom à des lycées. Il s’appelait Brassens, Georges. Dans "_La Chasse aux papillons_", par exemple, elle fait quoi, Cendrillon ? Elle plaque son boulot et ouvre sa cage, pour suivre un mignon.

Mais celui qui incarne la paresse dans la chanson française, c’est un autre Georges : Moustaki. Il a rendu hommage en musique à Paul Lafargue, auteur d’un essai intitulé Le Droit à la paresse. Avec sa nonchalance et sa voix sourde, il a aussi composé l’une des plus belles chansons du monde sur notre inconscience et le regret du temps qui passe. Elle s'intitule "Il est trop tard".

Plus tard, c’est maintenant. Et pour ça, 2019 est un bon cru : les ponts du mois de mai peuvent être des viaducs.

  • Légende du visuel principal: Il n'y a pas que les Mariachis qui font la sieste... Georges Moustaki aussi ! © Getty / Matteo Colombo
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