Rami Malek a emporté l'Oscar du meilleur acteur pour son interprétation de Freddie Mercury dans le film "Bohemian Rhapsody". Pour lui rendre honneur, ce vendredi, le Tubes & Co de Rebecca Manzoni est dédié à la chanson "Under Pressure" de Queen. Avec le vrai Freddie Mercury... et le vrai David Bowie. Choc des titans.

Freddie Mercury et David Bowie durant"A kind of Magic Tour" en 1986
Freddie Mercury et David Bowie durant"A kind of Magic Tour" en 1986 © Maxppp / Denis O'Regan

"Under Pressure", initialement, est simplement parti d’une obsession pour un riff de guitare-basse. Celui-ci dure moins de deux secondes, John Deacon, le bassiste de Queen, s’amusait à le jouer en studio et, ensemble, les membres du groupe ont eu l’intuition qu'il serait une base parfaite pour cette chanson sans refrain. Ils ont eu l'idée d'y ajouter des claquements de mains et des claquements de doigts, ce qui a pour effet qu'au départ, "Under Pressure" évoque plus une comédie musicale façon West Side Story qu’un tube rock.

Ce morceau est parti d’un bœuf entre Queen et David Bowie. L’improvisation de Freddie Mercury que l'on peut entendre au début en est la trace. Au début des années 1980, les popstars qui font ami·e-ami·e le temps d'un duo est un concept qui s'est avéré bon pour le commerce :

  • Diana Ross et Lionel Richie commettent ensemble un tube sirupeux qui s’intitule "Endless Love",
  • Paul McCartney et Stevie Wonder font communier leurs fans avec la chanson "Ebony & Ivory".

Dans ce contexte, il va de soi que l’addition "Queen + Bowie" pouvait être un gros coup. Seulement, il convient de rappeler que le titre "Under Pressure" n’a pas relevé du calcul. La scène se passe à Montreux, en Suisse, dans le studio de Queen. Mercury vocalise. David Bowie doit passer, seulement pour faire des chœurs sur un morceau funky, avec Freddie Mercury dans le rôle de la diva soul. Alors qu'il s’apprête à faire le job, il tranche finalement :

Impossible. Je ne veux pas qu’on entende ma voix là-dessus.

Le morceau, "Cool Cat", se fera donc sans lui.

En 1981, cela fait plus de 10 ans que David Bowie a révolutionné la pop mondiale à lui tout seul. Inventeur, entre autres, du glam rock et de la figure de la rockstar androgyne. Autant dire que Queen lui doit beaucoup... Faute de poser sa voix sur "Cool Cat", Bowie propose plutôt d’écrire une chanson à cinq : les quatre garçons de Queen et lui. Ce sera "Under Pressure", soit un combat vocal entre deux titans. Si l'on écoute uniquement la piste a cappella de ces deux hommes, David Bowie fait les chœurs, pour que Freddie chante sa partition (et ses onomatopées) et s’installe dans les aigus.

Avec un certain sens de l’euphémisme, le guitariste de Queen raconte que l’enregistrement fut loin d'être facile. "Under Pressure" prend des airs de lutte entre deux stars au sommet, où chacune veut en remontrer à l’autre. Pour les paroles, c’est Bowie qui finira par prendre les commandes de la chanson "Under Pressure", « sous pression », en français dans le texte.

Quelle pression ?

Le morceau évoque la pression qui nous broie au quotidien, entre routine et gestes automatiques. La pression économique, aussi, puisque la chanson raconte la logique qui jette les gens à la rue, celles et ceux devant lesquel·le·s on passe, en détournant le regard. Face à cela, la réponse de Freddie Mercury et David Bowie c’est : l’amour, l’amour, l’amour (« même si le mot est démodé », disent-ils).

Il est vrai que chanter l’amour et le rock’n’roll libérateur correspond plutôt à la philosophie des années 1970. Cela sonnerait presque anachronique en 1981, au début d’une décennie qui consacrera la publicité et le pouvoir de Wall Street. L’amour, donc, et le rock’n’roll pour dernière danse, c’est le programme de la montée finale du morceau qui dure plus d’une minute...

Souriez, c'est vendredi !

Cette chronique a eu lieu pour la première fois dans le 7/9 du vendredi 9 décembre 2016.

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