Charles Aznavour aurait voulu vivre centenaire et même chanter sur scène le jour de son centième anniversaire. Il est hélas décédé ce 1er octobre 2018, à l'âge de 94 ans. Rebecca Manzoni rend hommage à cet auteur et interprète que rien, sinon sa ténacité, ne prédestinait à la carrière et au succès qu'il connut.

Pour de nombreuses auditrices et de nombreux auditeurs d'une certaine génération, l'intérêt pour Charles Aznavour est né grâce à son disque quatre titres intitulé Interdit aux moins de 16 ans. Parce que quand on en a 12, c’est toujours intéressant. On y trouvait la chanson "Après l'amour" dont le début flamboyant laissait penser que la scène se déroulait dans une arène. Mais plus le morceau avançait, plus la pièce se rétrécissait jusqu’à zoomer sur un lit.

Maurice Chevalier disait à son sujet :  

Aznavour est le premier à avoir osé chanter l’amour comme on le fait.

En 1956, la chanson est censurée par la Radiodiffusion française. Pourtant, Aznavour ne chante rien d’extraordinaire : des draps froissés, des corps lourds. Que du concret. Et c’était précisément ça, la révolution : parler de nos vies sans circonvolutions.

Dans un numéro que la revue Schnock lui a consacré, Baptiste Vignol insiste sur l’importance des premières phrases dans les chansons d’Aznavour : « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. », « J’habite seul avec maman »... Et parfois il suffit de deux mots pour qu’on enchaîne. C'est le cas avec la chanson "Tu t'laisses aller" qui s'ouvre par ces mots :

C'est drôle... C’que t’es drôle à r’garder. T’attends. T’es là. Tu fais la tête.

Aznavour donne l’illusion de chanter comme on parle. On se dit « tu », toujours. Avec lui, la poésie n’intimide plus. Elle est déboutonnée du col. À chaque fois, il plante une saynète précise pour que l’on voie, pour que l’on y soit. Et il « interprète » comme le comédien qu’il rêvait d’être et qu’il fut au cinéma, autant que sur les scènes de music–hall.

C’est aussi son jeu d’acteur qui permit à Aznavour de conquérir les publics du monde entier. Il a chanté dans toutes les langues.

Par ricochet, de l’autre côté de l’Atlantique, beaucoup de rappeurs ont piqué des mélodies à Aznavour. En 1999, le Californien Dr. Dre publie le morceau "What’s The Difference".

Ce motif est une composition d’Aznavour qui date de 1965 et qui s'intitule "Parce que tu crois".

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Acteur et chanteur, le Franco-arménien Charles Aznavour s'est éteint le 1er octobre à l'âge de 94 ans. © Getty / David Redfern / Redferns
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