Deux jours avant sa sortie en salles, le très beau film “Leto” de Kirill Serebrennikov est à l'affiche de Pop & Co ce lundi. C'est l'occasion d'écouter quelques pépites issues de sa bande-son, lauréate du prix Cannes Soundtrack, récompensant la meilleure musique des œuvres cinématographiques en compétition.

Leto raconte la scène rock dans l'URSS des années 1980. L'action se passe à Leningrad, qui n’avait donc pas encore recouvré le nom de Saint-Pétersbourg. L'une des scènes se déroule dans un train : un homme prend à partie un groupe de punks affalés. Il leur balance : 

L’État t’a donné une instruction pour construire une maison, fonder une famille, planter un arbre. Et toi, tu hurles des chansons de l’ennemi !

Les chansons de l’ennemi, c’est quoi ? Ce sont celles de David Bowie, de Lou Reed ou d’Iggy Pop. Les personnages de Leto sont prêts à échanger les albums de ces derniers contre un canapé, parce que c’est dans ces disques que la jeunesse d'alors trouve la vérité et pas dans les discours de Brejnev. On entend notamment une chanson qui s’intitule "Pyscho Killer" du groupe Talking Heads, dont le premier couplet dit : 

Je suis incapable d’accepter les choses comme elles sont. Je suis survolté, surexcité. Je suis comme un fil dénudé.

Le texte est signé d’un Américain et, pourtant, il raconte la réalité d’une jeunesse russe au début des années 1980.

La scène du train, mentionnée plus haut, se poursuit : le film devient comédie musicale, les mômes se sont mis à chanter "Psycho Killer" et tous les passagers reprennent le refrain.

Ce n'est pas souvent que l'on voit la Russie des années 1980 filmée comme ça au cinéma. Serebrennikov montre une jeunesse qui porte des guitares comme des carquois, une jeunesse nocturne qui se jette à poil dans les eaux de la Neva en chantant à tue-tête : « Je suis un glandeur maman ! » Au milieu des garçons et des filles, deux figures se détachent : deux rockeurs qui ont réellement existé, Mike Naoumenko et Viktor Tsoï. « Je suis un glandeur, maman », c’est de lui. Viktor Tsoï est mort en 1990 dans un accident de voiture. Dans la Russie d’aujourd’hui, il reste une icône qui fédère toutes les générations. Ses chansons sont devenues des hymnes de la glasnost de Gorbatchev, les hymnes d’un moment de l’histoire de l’URSS où l’étau se desserrait un peu.

Dans le film russe "Leto", c'est l'acteur germano-coréen Teo Yoo qui incarne le rôle de Viktor Tsoï, leader et fondateur du groupe Kino
Dans le film russe "Leto", c'est l'acteur germano-coréen Teo Yoo qui incarne le rôle de Viktor Tsoï, leader et fondateur du groupe Kino / Hype Film | Kinovista

Leto fut présenté au dernier festival de Cannes, mais Kirill Serebrennikov n’a pas pu s’y rendre parce qu’il était assigné à résidence. Il est accusé de détournement de fonds. Quand le ministère français des Affaires étrangères a demandé aux autorités russes de lui permettre d’être présent à Cannes, Vladimir Poutine a répondu : 

J’aimerais vous aider, mais la justice russe est indépendante.

la suite à écouter...

► Le film Leto de Kirill Serebrennikov sort en salles ce mercredi 5 décembre 2018. Leto est un film France Inter.

► L'excellente bande-originale de Leto est déjà disponible en CD et en version numérique.

Légende du visuel principal:
Le film "Leto" de Kirill Serebrennikov sort en salles en France ce mercredi 5 décembre © Hype Film Kinovista
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.