Les éditions Le Mot et Le Reste ont publié récemment une biographie du chanteur Elliott Smith. À cette occasion, Pop & Co revient en quatre morceaux et quatre minutes sur la trop courte carrière de l'auteur-compositeur-interprète américain, révélé au grand public le soir de la consécration... de Céline Dion.

Le 23 mars 1998, Elliott Smith fait face à des dizaines de millions de téléspectateurs et au gratin d’Hollywood pour la cérémonie des Oscars. Son morceau "Miss Misery" est nommé dans la catégorie meilleure chanson. C’est une valse qui figure dans le film Will Hunting de Gus Van Sant. Face aux smokings et aux strass, Smith déboule en costume blanc, froissé et trop grand. Il garde les yeux baissés et attaque avec une voix mal ajustée. Ce soir-là, il concourt face à Céline Dion. Elliott Smith raconte :

Je me suis senti comme une bête de foire, le monstre de service. Ce fut comme un trip étrange à l’acide.

Dans le livre Elliott Smith - Can't Make A Sound, la biographie que lui consacre Thierry Jourdain, un chapitre entier est consacré à cette chanson, notamment parce qu’elle fait passer Elliott Smith des bars confidentiels de Portland à une audience mondiale.

Thierry Jourdain montre à quel point l’apparition de ce garçon au milieu des années 1990 a relevé du miracle. La bande-son de l’époque est au grunge, au rock saturé, tandis qu'Elliott Smith, lui, compose des morceaux qui commencent sur la pointe des pieds. Comme quand on met du temps pour entrer dans l’eau, avant d’aller se baigner. Peu de batterie ou de guitare-basse à l’horizon. Pour l’essentiel, tout est acoustique : Elliott Smith et sa guitare, inspirée du folk et du murmure de la bossa nova. Il est tout seul, tandis qu’à l’écoute, on a l’impression qu’ils sont plusieurs.

D’où vient la musique de cet homme, qui publie son premier album en 1994 ?

De l’écoute fondatrice des Beatles. Leurs symphonies pop vont l’inspirer à la fin de sa vie, mais Elliott Smith admire d’abord leurs harmonies vocales. Quand il fait une reprise d’une chanson des Beatles qui s’intitule « Because », il rend hommage à ces harmonies, en commençant a capella. Il superpose différentes versions de sa voix et cela devient sa signature à lui.

Passer d’un coup de l’underground à la célébrité a fait sombrer Elliott Smith dans la dépression, l’alcool et la drogue. L'un des mérites du livre de Thierry Jourdain est de ne pas s’attarder sur ce cocktail à longueur de pages, mais d’analyser musique et paroles avec le détail des traductions. Par exemple, selon Thierry Jourdain, dans le morceau qui suit s’intitule "Between The Bars", le narrateur est un verre d’alcool qui ne demande qu’à être bu, avec ces paroles qui disent : 

Finis ton verre chéri, et reste debout toute la nuit.

la suite à écouter...

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Elliott Smith est décédé dans des circonstances mystérieuses en 2003. Quinze ans plus tard, Thierry Jourdain signe sa biographie, 'Elliott Smith - Can't Make a Sound', aux éditions Le Mot et Le Reste © Getty / Gie Knaeps
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