Un coffret rassemblant 18 films de Pedro Almodovar vient de paraître. Ce mercredi, Rebecca Manzoni a choisi quelques chansons vues et entendues dans ceux-ci.

Victoria Abril, Pedro Almodovar et Marisa Paredes sur le tournage de "Talons aiguilles"
Victoria Abril, Pedro Almodovar et Marisa Paredes sur le tournage de "Talons aiguilles" © Sipa / REX FEATURES

Parfois ces chansons sont des tubes, alors on croit bien les connaître. Mais grâce au cinéma d’Almodovar, on a l’impression de les écouter pour la première fois. Prenez une chanson populaire comme "Cucurrucucú Paloma". C’est avec le film Parle avec elle qu’elle se révèle. À ce moment-là, on est en 2002 et ce morceau, on le fredonne depuis près d’un demi-siècle puisqu’il a été créé en 1954. Mais depuis Almodovar, ce morceau, c’est un visage et une voix, ceux du Brésilien Caetano Veloso.

Dans Parle avec elle, Almodovar ne filme pas seulement Caetano Veloso, il filme aussi l’écoute de ceux qui assistent à la chanson. Et c’est comme cela qu’il parvient à élever au rang d’œuvre d’art un tube que l’on croyait modeste. Sans Almodovar, "Cucurrucucú Paloma" n’aurait pu rester qu’une bluette mexicaine qui évoque un amour perdu.

La voix de androgyne de Caetano Veloso n'est pas sans rappeler celle d’un enfant. L’un de ceux qu’on voit dans La Mauvaise Éducation, sorti en 2004. Cet enfant-là se met à chanter "Moon River", qu’Audrey Hepburn a interprété sur le rebord d’une fenêtre, avec son fichu sur la tête, dans Diamants sur canapé en 1961. Autant dire que c’était risqué de s’attaquer à un monument comme celui-ci. Mais Almodovar lui-même traduit "Moon River" en espagnol et, avec sa caméra et la pureté d’une voix d’enfant, le titre devient un chant sacré. Almodovar l’a choisi pour mettre un point final à une histoire qui parle de pédophilie, d’innocence bafouée.

À travers les chansons, Almodovar cite les films qu’il aime, mais celles-ci racontent aussi la vie du cinéaste. Celle d’un Espagnol qui a connu la fin du franquisme, la fête de la démocratie et la Movidamadrilène.

On pourrait se dire qu’Almodovar choisit surtout des chansons du passé. Dans une interview accordée au journaliste Fredéric Strauss, il déclare :

Pour être moderne, il suffit d’être sincère. C’est ça la modernité : la sincérité. Tout ça associé à un peu de talent quand même...

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