La compilation 'Mazouni - Un dandy en exil - Algérie/France - 1969/1983' réunit 16 chansons du crooner algérien Mohamed Mazouni. Ce disque, paru récemment sur le label Born Bad Records, est à l’affiche du Pop & Co de Rebecca Manzoni ce mardi 4 juin 2019.

Ce qui frappe pour commencer, quand le son n'est pas encore branché, c'est son physique de beau brun défrisé, avec ses pommettes taillées au couteau, sa dégaine classe, en costard et cravate à losanges. C’étaient les années 1970 et Mohamed Mazouni a dû briser des cœurs. Les cruautés de l’amour, il connaît le dossier, c’est sûr. Mais dans ses chansons, la victime c’est lui. L’amoureux transi malmené par femme qui varie. En 1975, Joe Dassin chante "L’Été indien" et Mazouni adopte le même parler sur la chanson intitulée "Dis-moi c'est pas vrai".

« Le ciel bleu ressemble à la mer », mais Mohamed Mazouni chante depuis Paris. Il arrive en France en 1969. Dans le beau livret qui accompagne cette toute première compilation de ses morceaux, le journaliste Rabah Mezouane précise qu’en 1969, la chanson populaire algérienne est censurée et surveillée par le régime de Houari Boumédiène. Et Mazouni explique :

À Paris, je chantais pour les gens qui, comme moi, connaissaient l’exil.

Connaître l’exil, c’est avoir les pieds en France et la tête en Algérie. En musique, cela donne un mélange précurseur de guitares électriques des yéyés et de violons du chaâbi.

Même s’il chante des peines de cœur, Mazouni les écrit toujours avec un sourire pas loin. Dans la chanson "Si Massoud (Je t’aime et je t’aimerai)", il demande et implore :

Pourquoi, toujours, tu te fâches presque pour rien ? Respecte au moins les moustaches qui sont les miens !

« Qui sont les miens », parce qu’il fallait la rime avec « rien ». Ces textes simples, parfois écrits au coin du zinc, on les entend dans les cafés du quartier de Barbès, à Paris. Des troquets où on le voit, dans des scopitones, chemise ouverte avec une jolie fille sur les Champs-Élysées ou les sourcils froncés derrière un flipper.

Né à Blida en 1940, Mazouni appartient à la génération venue d’Algérie qui tente de se faire invisible. Mais, lui, sera l’une des voix de cette génération-là. Il chante le blues des amours perdues et, aussi, l’humiliation du racisme et du boulot à l’usine. Dans le morceau "_Clichy_", Mazouni dit :

Le chômage fait rage. Pour l’Arabe, c’est toujours non. Le directeur n’est jamais là pour toi quand tu ne t’appelles pas Bernard.

Mazouni va tomber dans l’oubli et la génération suivante le remet sur le devant de la scène : Mouss & Hakim du groupe Zebda, l’Orchestre National de Barbès et Rachid Taha interprètent ses chansons dans les années 2000. En 2006, Rachid Taha reprend "Écoute-moi camarade". Mazouni tente d’y raisonner un copain, qui, une fois de plus, a le cœur qui saigne à cause d’une ingrate. Cette ingrate, ça pourrait être aussi la France.

  • Légende du visuel principal: La compilation 'Mazouni - Un dandy en exil' a paru sur le label Born Bad Records © DR
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