Le tube de l'été 1987 était signé d'une jeune fille de 14 ans et demi. Vanessa Paradis, déjà aperçue à 'L'École des fans' de Jacques Martin en 1981, crève l'écran avec "Joe le taxi", un morceau qui n'a pourtant aucun des ingrédients habituels du succès estival... (à part, peut-être, son étonnant saxophone).

Dans les quelques secondes d'introduction qui précèdent le début de la chanson "Joe le taxi" à proprement parler, on entend des crissements de pneu, une portière qui s'ouvre et Vanessa Paradis qui dit au chauffeur de taxi qu'elle se rend à Barbès. En 1987, les jeunes gens qui ne vivent pas à Paris ne savent pas que Barbès est un quartier de Paris. Barbès, comment savoir où c’était ? En 1987, Internet n'existait pas encore et le terme n'avait aucune entrée dans l'encyclopédie Tout l'univers...

Toutefois, cette introduction digne d'un film noir permettait de deviner que Barbès n’était pas un endroit pour une petite fille. À 14 ans et demi, Vanessa Paradis révolutionnait ainsi la tradition des enfants chanteurs. En 1986, Elsa, 13 ans, murmurait « T’en vas pas » à son papa, tandis que, des années plus tard, Jordy braillait « Dur dur d’être bébé »...  Des thèmes de gosse. Le tube de Vanessa Paradis s'intitule "Joe le taxi" et, alors que Vanessa Paradis n'est âgée que de 14 ans et demi, le titre évoque bien plus "Joe l'embrouille" que "Sam le pompier".

De plus, en 1987, "Joe le taxi" devient le tube de l’été, alors qu'il ne correspond pas aux canons du genre. Le titre ne parle en effet pas d’amour, mais d’un chauffeur de taxi alcoolique et mélomane. Par surcroît, il ne s'agit ni d'un slow, ni d'un truc frénétique pour animer les soirées au camping. Néanmoins, la signature musicale de "Joe le taxi" est un instrument en vogue dans la variété de l’époque : le saxophone.

Sauf qu’ici, Franck Langolff, le compositeur, l'utilise en référence aux musiques latino-américaines. On y entend clairement l'influence des mambos portés par la voix d'Yma Sumac.

Le texte, signé Etienne Roda-Gil, rend d'ailleurs hommage à cette chanteuse péruvienne, ainsi qu'au Catalan Xavier Cugat, dit « le roi de la rumba ». "Joe Le Taxi" est donc l’histoire d’une vieille bande-son des années 1950, célébrée par une voix de bébé professionnel. Une voix inédite, qui plus est, parce que Vanessa Paradis n'incarne alors ni l’innocence flouée de la jeune France Gall, ni la malice sexuelle de Lio. À un journaliste de France Soir qui l’interrogeait en 1988 sur son image de femme-enfant, elle répond :

Et toi, t’es un vrai mec ?

Vanessa Paradis : candeur et aplomb.

la suite à écouter...

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