Le premier épisode de 'Tubes & Co' millésime 2018 est consacré à "One Step Beyond" du groupe Madness : l'histoire d'un tube qui a fait de ses jeunes auteurs déjantés une institution anglaise... et tout cela grâce à des émigrés jamaïcains.

Il n'y a pas à tergiverser : ce morceau vous interpelle, au sens premier du terme. Puisqu'il commence par une adresse que l’on pourrait traduire comme ceci : 

Eh toi ! Ne regarde pas ça ! Regarde ceci ! C’est du lourd. C’est un son monstrueux !

Après un court préambule, le garçon qui apostrophe ainsi son auditoire et qui s'intitule Chas Smash conclut son propos avec le titre de la chanson : "One Step Beyond". Mais ce n’est pas qu’un titre, c’est un cri de ralliement, à hurler depuis les cuisines et les salles de bain, mais aussi dans les bals de mariage, en faisant la chenille.

En 1979, Margaret Thatcher vient d’être élue. À l’époque, c’est surtout la colère des punks qui accueille la nouvelle Première Ministre. Toutefois, dans une interview accordée au magazine Rock & Folk de juillet 1980, Suggs, chanteur de Madness, explique que devenir punk, ça ne faisait pas partie de leur plan. Il précise :

Nous sommes un groupe de prolos qui choisit de ne pas se vautrer dans la déprime.

Avec le Pole Emploi de l’époque pour seul horizon, la jeunesse anglaise avait pourtant de quoi déprimer. Mais les jeunes hommes de Madness décident de mettre de l’humour dans la bande-son de l’époque.

Dans la séquence d’ouverture du clip de "One Step Beyond", les gars sont assis dans les escaliers du pub de leurs débuts et font tout le morceau sans instrument, mais avec la bouche.

Au-delà de la déconnade, le ska, c’est exquis, pour ne pas sombrer dans la déprime. Avec "One Step Beyond", Madness remet au goût du jour ce genre musical jamaïcain né avant le reggae et qui a explosé au milieu des années 1960.

Madness connaît donc son premier succès avec un morceau quasi-instrumental : tout le texte tient dans ces trois mots : « One », « Step » et « Beyond ». Ce qui signifie : « Un pas en avant ».

Ce morceau une reprise d'un titre de Prince Buster, producteur de ska et chanteur jamaïcain.

Dans les années 1970, ces jeunes prolos anglais ont rencontré le ska grâce à l’immigration jamaïcaine, que l’Angleterre a encouragée dans les décennies précédentes pour participer à la reconstruction d’après guerre. Les garçons de Madness ont grandi dans les quartiers populaires du Nord de Londres et leurs voisins sont jamaïcains.

C’est aussi pour cette raison que l’on entend l’influence de la musique jamaïcaine chez de nombreux groupes anglais de l’époque, comme The Specials. Mais, à la fin de l'année 1979 et en 1980, c’est Madness qui popularise le ska dans le monde entier.

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