Le livre de Bettina Ghio 'Sans fautes de frappe - Rap et littérature' vise à prouver que les paroles de rap ont toute leur place à côté d'œuvres littéraires jugées plus nobles.

Booba sur scène en mai 2017
Booba sur scène en mai 2017 © AFP / Jalal Morchidi / ANADOLU AGENCY

Bettina Ghio s’est penchée sur les paroles de morceaux de rap écrits entre 1990 et 2010. Mais cette chronique s'ouvre avec une chanson de 1937 interprétée par Ray Ventura et ses Collégiens : "Qu'est-ce qu'on attend (pour être heureux)". Bettina Ghio explique que ce morceau a été détourné par NTM en 1995. Ce qui a donné "Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?".

À tous ceux qui croient que le rap français n’est qu’une pâle copie de celui venu des États-Unis, Bettina Ghio répond à quel point le rap d’ici s’invente en piochant dans le patrimoine de la chanson française. Pour l’écriture des textes, mais aussi pour les musiques : dans son titre "Pitbull" paru en 2006, c’est sur les notes de "Mistral Gagnant" de Renaud que Booba pose son phrasé.

Alors que le rap est souvent traité avec un regard de sociologue (qu’est-ce qu’il raconte de la banlieue ? qu’est-ce qu’il nous dit de la jeunesse ?), Bettina Ghio se demande comment il le fait. Avec quelles inspirations ? Quels moyens littéraires ? Dans son livre, Bettina Ghioaborde les textes de rap comme des œuvres à part entière. Une démarche qui fait écho aux propos tenus par Malek Boutih au micro de France Inter le 16 novembre 2016. Malek Boutih, ancien Président de S.O.S. Racisme et actuel député de l’Essonne avait déclaré :

Vous savez pourquoi je suis républicain ? Je suis républicain parce qu'il y avait une bibliothèque en bas de chez moi, et pas une salle de rap. C'est ça la différence.

Une « salle de rap » serait donc le contraire absolu de la bibliothèque, ce qui laisserait supposer que les rappeurs n’ont pas de lettres. Or, il apparaît que dans son titre "Pitbull", Booba cite Montaigne. Il dit :

Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son boule.

Ce qui n’est ni plus ni moins qu’une version XXIe siècle des Essais, dans lesquels Montaigne écrit :

Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul.

Bettina Ghio éclaire les liens entre rap et lettres françaises en pointant la présence récurrente de personnages comme Gavroche ou Cyrano de Bergerac dans les textes de 113, Rocca ou IAM. Cyrano, également mis en avant pour le goût de la joute verbale, comme dans l’un des tous premiers morceaux de NTM : "Je rap", un duo-duel entre Kool Shen et JoeyStarr.

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