Cali, l’auteur-compositeur-interprète que l’on connaît bien, devient écrivain. Pour 'Pop & Co', Didier Varrod raconte en musique son premier roman, 'Seuls les enfants savent aimer', paru aux éditions du Cherche Midi. Un livre qui nous raconte notamment que le bonheur n'est jamais que le chagrin qui se repose.

Cali écrivain, c’est d’abord observer la performance d’un exercice périlleux. Partir du sprint plumitif d’une chanson pour devenir un marathonien de la langue. En effet, avant d'être un livre, Seuls les enfants savent aimer fut d’abord une chanson, plage treize de son dernier album studio, daté de 2016.

« Seuls les enfants savent aimer », puisqu'à chaque seconde, le cœur d’un enfant explose. Celui de Bruno Calicuri n’était pas programmé pour subir une telle déflagration. Bruno a six ans, sa maman vient de mourir d’un cancer. En 1975, la maladie est taboue. À hauteur d’enfant, Bruno vit la douleur, le silence de la honte, la peur de désigner le mal, mais surtout la brûlure du manque, la détresse de l’après. Après la mort, la vie n’existe plus, ou bien, lorsque l’on a six ans, la vie devient la vie dans la mort, de la tristesse en couches sédimentées dans un corps d’enfant qui n’a pas l’âge de raison, du chagrin en strates qui cherche à croire que la mort n’existe pas. Cali écrit sans fard toute la cruauté de l’enfant qui n’a pas les armes pour survivre

Tu me manques maman. Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

On comprend mieux alors l’attrait irrésistible du chanteur-écrivain pour les choses défendues.

« Les Choses défendues », autre chanson extraite du dernier album de Cali, a joué comme un déclic pour écrire ce premier roman. Parce que ce sont ces choses défendues qui structurent, depuis toujours, l’inspiration du chanteur. La puissance de l’interdit a forgé le caractère déjà puissamment catalan de ce qu’il convient aussi d’appeler pour certains un chanteur énervant. Tant pis pour eux. C’est précisément parce qu’il écorche que Cali est un chanteur différent. C’est désormais parce qu’il transgresse que Cali est devenu un vrai écrivain.

Cali cite Romain Gary en exergue de son livre :

On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère, comme un chien abandonné.

Cali, à corps perdu, écrit, l’arrache cœur, le livre de sa mère, haut comme trois pommes et bouleversant, avec ses mots écorchés habillés de culottes courtes, frappés en rythme de coups de poings injustes, perlés de genoux écorchés, et affûtés de la cruauté parfois monstrueuse de tous les enfants. Il y a du style, les phrases courtes de l’enfance, la poésie d’un adulte piégé dans la confusion des sentiments, de ces tiroirs ouverts qui rattrapent vos souvenirs. Ainsi, Seuls les enfants savent aimer ramène aussi naturellement au premier tube de Cali, « C’est quand le bonheur ? ».

Cali, enfant dissipé de la verve libertaire de Léo Ferré, nous rappelle aussi avec son récit guérisseur que le bonheur, ce n’est rien d’autre que « le chagrin qui se repose ».

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Cali au cours d'une performance sur la scène de l'Olympia, à Paris, avec le pianiste Steve Nieve, en première partie d'Elvis Costello, le 20 octobre 2014 © Getty / David Wolff - Patrick
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