À l'occasion de la parution du livre "Lizzy Mercier Descloux - Une éclipse" de Simon Clair, chez Playlist Society, Pop & Co se penche sur la vie et l'œuvre de cette chanteuse hors-normes, surtout connue pour "Mais où sont passées les gazelles ?" et dont on peut dire qu'elle a posé les fondations de la "world music".

Ce nom en trois temps, Lizzy Mercier Descloux, n'est pas aussi célèbre qu'il ne devrait l'être. Quand elle est morte en 2004, à l’âge de 47 ans, dans les journaux, elle n’a eu que quelques lignes. Rien que pour cette raison, parce qu'elle combat ce vide, la biographie Lizzy Mercier Descloux - Une éclipse de Simon Clair est déjà précieuse. Elle vous embarque dans le sillage d’une femme qui n’avait qu’une philosophie : mener une vie sans filets.

Lizzy Mercier Descloux quitte Paris pour le New York de la fin des années 1970. C’est là qu’elle enregistre son premier album, Press Color. La bande-son d’une ville-chaudron où se mélangent reggae, funk, no wave, disco... Elle, la Française de New York qui parle mal anglais, se fout de son accent. L’essentiel, c’est que ça sonne. Nous sommes en 1979.

Au-delà du portrait et de l’œuvre de Lizzy Mercier Descloux, Simon Clair fait revivre le New York avant-gardiste de ces années-là. Seth Tillett, photographe et amant de Lizzy, témoigne :

Nous voulions détruire le mythe de groupes comme Led Zeppelin ou Def Leppard. Ce truc de mecs qui sortent leurs bites et font des solos de guitare.

Les hommes assument leur féminité et les femmes leur androgynie. Lizzy boxe dans cette catégorie avec sa moue boudeuse et ses cheveux coupés au cutter sur la pochette de son premier album.

Jusqu’au bout, elle suivra ses passions pour des hommes, des femmes et, surtout, pour des musiques et des pays. Elle quitte New York pour enregistrer aux Bahamas. Au début des années 1980, elle est l’une des rares à s’intéresser aux mélodies des Caraïbes et aux rythmes africains. En 1981, elle publie Mambo Nassau, un album avec motifs en boucle, hypnotiques, et sa voix, qu’elle utilise comme une percussion.

Dans la foulée, l’écoute d’une cassette amène Lizzy Mercier Deslcoux en Afrique du Sud, en plein Apartheid. Son producteur, Michel Esteban, raconte leur arrivée dans les bureaux de la maison de disques, à Johannesburg :

Il n’y avait que des Blancs. Les mecs étaient en costume et les femmes arboraient des coiffures à la Lady Di. Quand on leur a dit qu’on voulait faire un disque avec des musiciens noirs on a senti qu’ils se disaient « Mais qu’est-ce que c’est que ces sauvages ? ».

L’album va s’appeler Zulu Rock et il n'y est pas question de jouer l’exotisme. Lizzy laisse les coudées franches aux musiciens de Soweto et pose ses mots sur des morceaux traditionnels. Dans la biographie qu'il consacre à Lizzy Mercier Descloux, Simon Clair précise qu'un an après Zulu Rock, Peter Gabriel évoquera pour la première fois le concept de World Music et que, deux ans après, Paul Simon publiera l’album Graceland. Michel Esteban, producteur, affirme :

Je suis sûr que Peter Gabriel, Paul Simon ou Johnny Clegg ont écouté Zulu Rock à sa sortie. Ce disque a ouvert les portes aux musiques africaines.

Le livre de Simon Clair s’ouvre par cette scène : l’Américaine Patti Smith est sur la scène de l’Olympia en octobre 2015. Elle cite les artistes qui ont compté pour elle : Jimi Hendrix, Jim Morrison, Kurt Cobain... La liste continue jusqu’à ce que Patti Smith prononce un dernier nom, le seul qui n’est pas applaudi parce que méconnu : Lizzy Mercier Descloux.

  • Légende du visuel principal: La biographie que Simon Clair consacre à Lizzy Mercier Descloux remet la chanteuse à sa juste place dans l'histoire de la musique et de l'underground © Michel Esteban
Les références
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.