Alors que Kanye West publie un nouveau disque dans lequel il raconte les tenants et les aboutissants du trouble bipolaire dont il est atteint, Rebecca Manzoni prend la peine d'expliquer à sa mère (et à toutes celles et tous ceux qui en auraient besoin) qui est ce garçon : un fou schizophrène ou un génie de la musique ?

Pour toutes les mères (et les pères, et les autres, d'ailleurs), qui auraient des préjugés sur Kanye West et qui préfèrent de loin écouter Bob Dylan, il est de bon ton d'expliquer que messieurs Bob Dylan et Kanye West ont un point commun : en 1965, Dylan fait la révolution en lâchant sa guitare folk au profit de l’électricité, tandis qu'en 2008, Kanye West a inventé le futur de la musique occidentale avec un album intitulé 808s and Heartbreak. À l’époque, les albums de rap célèbrent des garçons invincibles et sûrs d’eux-mêmes. Dans le genre, Kanye West sera le premier à mettre en scène ses doutes et ses faiblesses. Il crée la bande-son d’une mélancolie froide et sans pathos. Il invente le crooner du vingt-et-unième siècle : un sentimental à voix de métal, un cœur brisé dans la carcasse d’un robot. Dans le morceau "Heartless", il demande : 

Comment peux-tu être aussi cruelle ?

Kanye West est afro-américain, fils d’un militant des Black Panthers, capable de déclarer en 2005 à la télévision américaine que Georges W. Bush se fout des Noirs après la catastrophe de l’ouragan Katrina. Le même homme vient d’affirmer que l’esclavage fut le choix des Noirs et que Trump est comme son frère.

Son état mental est résumé dans la phrase que Kanye West a écrite manuscritement sur la pochette de son nouvel album, ye :

Je déteste être bipolaire. C’est génial.

Cette fois, c’est donc sa maladie des extrêmes que Kanye West met en scène. Il en fait une force qu’il proclame dans son nouveau disque avec une voix de possédé. Il y a des moments où cet album pourrait être le disque d’un schizophrène qui fait du tai-chi : refus du baroque, lenteur et netteté du geste.

Kanye West est le mauvais génie d’un monde devenu une émission de télé-réalité permanente, faite de selfies et de déclarations sans filtre qui mêlent audace et débilité. Kanye West est aussi un artiste capable de fulgurances, notamment dans l’une des dernières chansons de son disque, "Ghost Town", sur laquelle il télescope brutalement les époques et les genres. Le titre s'ouvre avec Shirley Ann Lee, une chanteuse de gospel méconnue des années 1960. Shirley Ann Lee passe ensuite le relais à un collègue de Kanye : John Legend.

Il y a de nombreux·ses invité·e·s sur cet album de sept chansons seulement. C’est dans la mise en scène de la voix des autres que Kanye West est le plus fort.

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Le rappeur et musicien Kanye West lors du Meadows Music & Arts Festival at Citi Field le 2 octobre 2016 à New York © Getty / Taylor Hill
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