En 1981, le duo Chagrin d'amour, composé de Valli et Grégory Ken, débarque sur les ondes des radios libres, et libérées par le nouveau Président Mitterrand, pour connaître le succès avec "Chacun fait (c'qui lui plaît)". Ce tube immédiat, considéré comme le premier rap français, est dans Tubes & Co.

On pouvait aisément ignorer complètement l’introduction, chantée en anglais, à laquelle, pour parler franchement, on ne comprenait pas grand chose. Toutefois, ce début laissait au moins le temps d’un bref dérapage en chaussettes, pour se caler devant la glace, entre la baignoire et le bidet, le genou gauche pris de hoquet, le poing serrant le manche d’une brosse à cheveux pour faire micro. De plus, on sentait bien que ce n’était pas une comptine pour les enfants ; le plaisir n’en était que plus grand de coller à ce débit au cordeau, dès les premières paroles :

Cinq heures du mat', j'ai des frissons. Je claque des dents et je monte le son.

Le premier vers de ce morceau, ancré dans la culture populaire française, nous a été directement inspiré par l’étranger. En 1981, ce « Cinq heures du mat’ », est un écho au « Ring ring 7AM », chanté par Joe Strummer quelques mois plus tôt, au début du morceau de Clash "The Magnificent Seven". Notre « Cinq heures du mat’, j’ai des frissons », imite le texte autant que la scansion rap de Joe Strummer. Et vive l’Angleterre !

Avant d’être estampillé premier rap en français, par son débit, "Chacun fait (c’qui lui plaît)" est d’abord un morceau funky dans la langue de Molière. Pourtant, la maquette de la chanson, interprétée par son compositeur, Gérard Presgurvic, en 1977, laisse entendre une scansion plus proche de la bourrée auvergnate que du hip-hop. Avec sa basse "slapée", l’instrumental de la version finale en accentuera le funk et y posera, en sus, les sons synthétiques de la new wave.

Reste la belle précision du texte, signé Philippe Bourgoin. Bourgoin est cinéaste et fait du morceau un scénario de polar des années 1950. Le clip en noir et blanc, comme la chanson, compte la scène classique d’interrogatoire au commissariat avec cravate dénouée et barbe naissante. "Chacun fait (c'qui lui plaît)", c’est le télescopage entre ce qui fait la modernité du début des années 1980 et le cinéma des années 1950. Le duo Alain Delon/Mireille Darc fut suggéré à Philippe Bourgoin pour interpréter cette chanson. (Mais il est vrai que l'on a du mal à imaginer Delon rapper des paroles telles que « Bon Dieu, j’peux même pas jouir »...)

La chanson sera heureusement dévolue à Jean-Pierre Trochu-Giraudon, plus connu sous le nom de Grégory Ken, interprète de comédies musicales, comme Hair, et future voix des jingles de Canal +, et Valli Kligerman, dite Valli, qui quitte New York, où elle a fréquenté Keith Haring, Basquiat, croisé David Bowie, Andy Warhol. En novembre 1981, elle s’en va errer dans Paris au petit matin blême.

Le succès de "Chacun fait (c’qui lui plaît)" est porté par la libéralisation des ondes. La Nouvelle radio jeune, NRJ, donc, en fait un tube, en diffusant le morceau jusqu’à neuf fois par jour. Mais sur France Inter aussi, on aimait la chanson. Grégory Ken et Valli se sont amusés à adapter les paroles pour le générique du Pop Club de José Artur.

réédition et actualité

Une réédition en vinyle du premier album de Chagrin d’Amour paraît ce vendredi 7 juin 2019 sur le label Because, incluant le 45 tours original de la chanson "Chacun fait (c’qui lui plaît)".

Un coffret livre + 5 DVD, intitulé British Invasion et signé de Valli et de l'Anglais Stephen Clarke, paraît chez Carlotta Films ce 7 juin

  • Légende du visuel principal: Le duo Chagrin d'amour, auquel on doit le tube "Chacun fait (c'qui lui plaît)" était composé de Valli et de Grégory Ken © Getty / Serge Assier / Gamma-Rapho
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