En 1974, Gil Scott-Heron et Brian Jackson publient l'album devenu culte, “Winter in America”. Alors que la réalité économique des États-Unis d'aujourd'hui n'est pas aussi rose que ce qu'annonce Donald Trump, Pop & Co revient sur ce disque, curieusement d'actualité, qui chronique notamment la misère du pays.

En septembre 1973, Gil Scott-Heron, poète, musicien, écrivain et chanteur afro-américain, s’amuse à inventer un nouveau genre de blues. Un blues de blanc qu'il appelle le "Watergate blues". Le scandale du Watergate a éclaté un an plus tôt. Dans le morceau, le poète mime un appel téléphonique où il tombe sur le répondeur de la Maison Blanche.

Désolé, le gouvernement que vous avez élu est inopérant.

Pendant plus de 8 minutes, Gil Scott-Heron dénonce l’aveuglement de l’Amérique en faisant le bilan du mandat de Richard Nixon : blanchiment d’argent pour financer sa réélection, écarts grandissants entre riches et pauvres, ségrégation raciale, intimidation de la presse... Gil Scott-Heron le fait avec une scansion qui plante les racines du hip-hop et sans les travers rhétoriques du discours militant. Il a gardé les rires de ses musiciens pendant l’enregistrement. Ce"H2O Gate Blues" pourrait être le brio d’un griot, qui parlerait accoudé au comptoir. Et l'on peut considérer que l’on n’a pas fait beaucoup plus moderne depuis.

De plus, outre le propos, on retrouve une grande modernité dans la musique. L’album Winter in America réalise la fusion entre musiques latines, blues, jazz, funk et soul. C’est le geste de deux Afro-américains d’un peu plus de 20 ans : Gil Scott-Heron et Brian Jackson, organiste et flûtiste, qui cosigne l’album.

La moitié du disque raconte la face sombre de l’Amérique, les deux pieds dans le réel. À l’époque, Scott-Heron a déjà écrit un polar et il en garde le côté documentaire. Le morceau "The Bottle" dénonce le fléau social de l’alcool. Il se déploie comme un travelling dans la rue d’une ville américaine où l'on croise un môme, une femme, un homme en costume et Gil Scott-Heron lui-même.

L’album Winter in America est enregistré en trois jours à l’automne 1973 et Gill Scott Heron raconte :

Le studio était si petit que, pour "The Bottle", Brian [Jackson] a enregistré sa flûte dans le couloir, près de la fontaine à eau.

En 2018, les artifices sont infinis pour enregistrer un disque. Mais l’intimité sans filtre qui se dégage de cet album est inimitable.

Un an après la sortie de Winter In America, l’album, Gil Scott-Heron et Brian Jackson composent un morceau visionnaire qui porte exactement le même titre.

Il y est question de bétonisation, de forêts qui ne peuvent plus pousser, de racisme, de démocratie moribonde, d’espoirs de paix évanouis.

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Gil Scott-Heron dans l'émission 'Saturday Night Live', en décembre 1975 © Getty / NBCU Photo Bank
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