Pour rendre hommage à Jacques Higelin, décédé ce vendredi 6 avril, 'Pop & Co' se penche sur son album 'BBH 75', un disque important dans l'histoire de la musique hexagonale. Le chanteur y délaisse en effet quelque peu les expérimentations des années Saravah pour poser les jalons d'un genre nouveau : le rock français.

En décembre 1974, dans la France apparemment paisible du Président Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Higelin déclare au magazine Rock & Folk : 

J’ai horreur de ce pays qui ronfle. J’espère que les gens vont se redresser.

Pour « redresser les gens », Higelin invente le punk-rock à la française. La tête des hit-parades à l’époque est occupée par Claude François, qui chante "Le téléphone pleure" et Annie Cordy qui rappelle à la France que « c’est pas facile d’avoir du style quand on est bonne du curé ». Autant dire que le rock & roll n’est plus vraiment une priorité en France. En 2016, Jacques Higelin expliquait par surcroît :

Les musiciens français étaient très snobs. Qu'est-ce qu'ils se la pétaient, putain ! Comme si le rock était une pauvre musique... faite par de pauvres jeunes ! Moi, je trouvais ça honteux de penser comme ça.

Le titre du disque, BBH 75, renvoie aux rockeurs avec lesquels Jacques Higelin l’a écrit. Leurs initiales sont en effet BBH :

  • B comme Boissezon, Simon, à la guitare et à la basse ;
  • B comme Benarroch, Charles, à la batterie ;
  • H comme Higelin, Jacques.
  • 75, c’est l’année du millésime.

Trois hommes réunis pour du punk-rock français, qui puise son énergie dans la rue, celle de la périphérie des villes, des banlieues, comme on dit. Là où « l’Amicale du trottoir t’a fait savoir que t’étais pas le seul ». Avec BBH 75, Higelin met en scène une galerie de perdants magnifiques : ceux qui sont dans la dèche, mais avec panache. Pas premiers de la classe, mais champions au flipper. Ceux qui prennent le temps de faire la sieste ou de savourer une bonne clope. Avec la chanson "Cigarette", Higelin fait du blues à la française et tirer une taffe devient un moment d’érotisme.

Higelin étire et malmène sa voix comme jamais il ne l’avait fait sur disque. Il gueule, il parle ou monte dans les aigus à la limite de se casser la voix. Et il prend un ton de conteur faussement sérieux pour raconter une histoire surréaliste dans un décor funky...

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Légende du visuel principal:
Jacques Higelin en concert à Bourges le 4 mars 1984 © Getty / Éric Bouvet
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