En mélangeant les sonorités traditionnelles grecques que son père lui faisait écouter et la technologie d'aujourd'hui, comme l'Auto-Tune, très en vogue dans le rap et le hip-hop, Johan Papaconstantino, 26 ans, a construit son propre style, unique et décalé. Il le présente dans son premier EP, "Contre-jour".

Comme beaucoup de musiciens, Johan Papaconstantino s’est mis à écrire des chansons pour qu’elles aient le même effet qu’un marabout : garantir le retour de l’être aimé. Tout a donc commencé parce qu’une fille l’avait quitté. Elle a bien fait, parce qu’elle a provoqué la renaissance d’un personnage un peu désuet, au point qu’on le croyait disparu : le latin lover, avec la gourmette au poignet et la main sur le cœur.

Johan Papaconstantino utilise l’Auto-Tune. Il existe toute une littérature qui explique à quel point ce logiciel a transformé le hip-hop, en décomplexant les rappeurs vis-à-vis du chant et des mélodies qui vont avec. Pour Johan Papaconstantino, il est moins question d’épouser la tendance, que de transformer sa voix pour camper un personnage de fiction. Il pousse le curseur à fond ; en changeant sa voix, c’est comme s’il passait tout entier dans un miroir déformant. Au milieu du morceau intitulé "J'sais pas", il change les réglages de l'Auto-Tune et, d’un seul coup, sa silhouette de gars qui pèse 50 kg tout mouillé chope des biscoteaux. Ce serait Hulk ou Pascal Brutal, avec cœur d’artichaut et dilemmes du quotidien

Johan Papaconstantino a 26 ans et il cite le rappeur Booba autant que des chansons grecques du siècle dernier, qu’il a écoutées grâce à son père. Ses morceaux, par conséquent, font le lien entre un instrument traditionnel, comme la derbouka, et le rythme synthétique de ce qu’on appelle la trap, un mélange d’électro et de mélodies acoustiques, que Johan Papaconstantino interprète au bouzouki.

La moitié des morceaux de Johan Papaconstantino s’inspire du rébétiko et du courant musical qui a suivi, le laïko : du blues grec qui chante les marginaux des bas-fonds d’Athènes. Johan Papaconstantino ne se contente de pas de l’évocation, il échantillonne des morceaux, comme celui d’un des plus grands chanteurs grecs et joueur de bouzouki : il s’appelait Grigoris Bithikotsis.

Johan Papaconstantino échantillonne la chanson de Bithikotsis qui s’intitule "Tou Votanikou O Magas", parue en 1975, pour élaborer son morceau "Lundi", paru en 2019.

Entre tradition et technologies, les chansons de Johan Papaconstantino ont le charme de la bricole, de l’expérimentation, qui les font se terminer de traviole, comme il s'en amuse sur la fin de la chanson "Lundi".

Johan Papaconstantino est en tournée

Il se produira notamment à Paris, au festival We Love Green le 1er juin 2019, ou encore à Saint-Brieuc, le 9 juin, dans le cadre du festival Artrock

  • Légende du visuel principal: 'Contre-jour', premier EP de Johan Papaconstantino, a paru sur le label Animal63 © Marie Deteneuille
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