Cette année 2018, Suprême NTM fête ses 30 ans. Pour l'occasion, une 'Anthologie' a paru début mars, alors que le groupe occupe pour trois jours la scène de l'AccorHotel Arena, à Paris, avant une tournée en France. Pour la même occasion, "La Fièvre" passe donc à la moulinette de 'Tubes & Co'.

Le soir du 1er juillet 1995, un journaliste de France 3 Grand Est demande au téléspectateur :

N.T.M. Est-ce que vous connaissez ?

La question n’a rien d’étrange pour le téléspectateur de l’année 1995, parce qu’en dehors de la chaîne Canal +, comme le dit Kool Shen, l’une des deux voix de Suprême NTM : 

On faisait aussi tache à la télé qu’Édouard Balladur en balade à la Courneuve.

En 1995, le groupe a posé les fondements du hip-hop en France depuis plusieurs années déjà et il publie son troisième album. Mais il faut attendre "La Fièvre", pour que la France entende le son d'NTM, plutôt que le compte-rendu de leurs démêlés judiciaires.

"La Fièvre" est ce que l’on appelle un morceau « radio-compatible ». Parce que c’est l’un des titres les plus inoffensifs d’un album incendiaire qui s’intitule Paris sous les bombes et qui compte des vers comme : 

Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Le psychopathe qui sommeille en moi se réveille. De toute une jeunesse, vous avez brisé les ailes.

C’est sûr qu’à côté de ça, le texte de "La Fièvre", ce serait presque du Adamo. Car "La Fièvre" commence un matin où Kool Shen tente de dormir, mais son voisin l'en empêche. Dès le début de cette histoire, ce ne sont en effet pas les rappeurs qui font la foire, mais les bons vieux amateurs de rock qui écoutent cette saloperie d’Elvis beaucoup trop fort. Puis, assez rapidement dans l’histoire, Kool Shen se retrouve au commissariat après un contrôle de papiers qu’il n’a pas sur lui. Une fois de plus dans un titre de Suprême NTM, il est donc question de la police. Un thème classique du rap des années 1990, autant que de la chanson française des années 1950. C'est ici l'occasion de rappeler que, dans un texte de Brassens qui s’intitule "Hécatombe", Georges chante « que les gendarmes se font couper les choses… que par bonheur ils n’avaient pas ».

Mais plutôt qu’un discours anti-flic frontal, NTM rapproche une scène de commissariat d’une scène de sexe, notamment par la musique. En effet, La Fièvre utilise un instrumental bien moite d’un groupe américain qui s’appelle The Crusaders. Ils mettent en boucle un extrait du morceau intitulé "My Lady".

la suite à écouter...

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JoeyStarr et Kool Shen, les chanteurs du groupe de rap NTM, le 5 mai 1991 sur l'une des scènes du 15e Printemps de Bourges © AFP / François Guillot
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