Le morceau "Love Shack" était initialement prévu comme une façon de relever la tête et de donner une tonalité festive au retour des B-52's, après la mort de leur leader, Ricky Wilson, victime du Sida, juste avant la sortie de leur quatrième album. Il sera un succès mondial et un hymne pour la communauté LGBTQ+.

Les paroles de la chanson annoncent : « J’ai acheté une Chrysler, on peut s’y entasser à 20. » Mais même s’ils avaient eu un vélo, le morceau "Love Shack" est si entraînant que quiconque l'écoutant aurait accepté de venir s'empiler sur le porte-bagages. Cette chanson fixe le cap : il s'agit de se rendre "at the Love Shack", soità « la cabane de l’amour ». Cette chanson en sort en 1989 et le quatuor des B-52’s n’a qu’un objectif : faire la fête.

Pourtant, ils se relevaient d’un drame. Ricky Wilson, guitariste et pilier du groupe, meurt du Sida à l’âge de 32 ans en 1985. Continuer fut d’abord inenvisageable, mais, quatre ans plus tard, The B-52’s reviennent avec leur « cabane de l’amour », où l’on danse, boit et fait l’amour à plusieurs. Ce sera cela leur réponse à une réalité qui ne prend pas de gants : une joyeuse orgie.

Dans un numéro de Rock & Folk paru à l’époque, Keith Strickland, batteur puis guitariste, déclare : 

Nous sommes là depuis 2000 ans. Nous venons de la planète Actarus !

(En plus le type avait regardé Goldorak.) Ils venaient d’une autre planète, oui, avec un trio vocal qui ne mettait pas en scène des chanteurs, mais des créatures multicolores, avec chapeau de derviche et nœud papillon en plastique. D'ailleurs leur nom, The B-52’s, ne renvoie pas à un bombardier, mais aux coiffures "choucroutées" portées par les deux chanteuses. (Ils ont aussi failli s’appeler Les Enfants de Fellini.) Le garçon, Fred Schneider, avec sa façon déclamatoire, avait l’air tout droit sorti du film The Rocky Horror Picture Show. (On s'en rend particulièrement bien compte en écoutant isolément la piste vocale de "Love Shack", proposée dans cette chronique.)

Ce premier tube mondial des B-52's est hérissé de points d’exclamation. Kate Pierson et Cindy Wilson, les deux chanteuses, réussissent par ailleurs des harmonies vocales qui rappellent les groupes de filles des années 1960. De plus, comme elles et lui sont tout le temps entre le cri et le chant, les sons qui les accompagnent soutiennent la fiesta : cloches, claps, conversations et cris en bruit de fond.... Ce son d’une ambiance de fête dure quasiment les 5 minutes et 22 secondes de la chanson.  

Dans ce morceau, on entend aussi une basse funky, tenue par l’anglaise Sara Lee, et qui fait la courte-échelle à un motif de guitare. S'ajoutent des giclettes de cuivres par les New Yorkais du Uptown Horns et, enfin, les voix des filles, mariées à celle du garçon, qui pour le coup, a par moments l’air du loup de Tex Avery.

Après 10 ans de carrière au cours desquels ils incarnaient la New Wave, les B-52’s connaissent donc leur premier tube. Ils plaçent la ville d’Athens, Géorgie, États-Unis, sur la carte de la musique mondiale avec d’autres collègues qui s’appellent R.E.M. Qu'ajouter d'autre, à part « Bienvenue dans la cabane de l’amour ! » ?

  • Légende du visuel principal: Pour leur retour à quatre, 4 ans après la mort de Ricky Wilson, les B-52's frappent fort et connaissent leur premier tube mondial "Love Shack" © Getty / Ebet Roberts
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