Didier Varrod revient sur la sortie de 'One Trick Pony', premier album du Français Kiddy Smile, dont le nom a enflammé les réseaux sociaux à l'occasion de sa prestation dans la cour de l’Élysée pour la dernière Fête de la musique, le 21 juin 2018.

Kiddy Smile mesure 2 mètres. Un sens de la hauteur qui doit lui être utile pour garder son sang-froid. Surtout depuis cette Fête de la musique 2018, où sa prestation de DJ dans la cour de l'Elysée, lui a donné un pupitre de visibilité. Arborant un T-shirt qu’il s’était fabriqué lui-même pour l’occasion sur lequel était écrit « fils d’immigré, noir et pédé », Kiddy Smile, dans ce geste warholien et très queer, est devenu le 21 juin dernier à la fois une cible et l’un des plus flamboyants porte-parole de la communauté LGBT. "Be Honest", extrait de son premier album, est un hymne en faveur du coming-out et plus généralement un plaidoyer pour la transparence.

Beaucoup de gens ne vivent pas dans la vérité et sont dans le déni de ce qu’ils sont. Je voulais leur dire : « Assume ! Prends conscience de tes actions, et de ce que ça dit de toi ! »

Kiddy Smile est danseur, producteur, DJ, mais aussi auteur, compositeur et désormais chanteur. Originaire de Rambouillet, issu d’une famille camerounaise, c’est dans la danse qu’il a trouvé le discours pour muscler son indépendance et sa volonté d’émancipation. Le corps est une arme politique et émotionnelle lorsqu’il s’exprime dans ces fameuses ballrooms où s’exprime la culture du voguing, qui fut popularisé par Madonna, et que Kiddy Smile reprend, tout en célébrant le pouvoir sorcier de la house music.

Sur la piste de danse, qui que tu sois, ne te soucie pas du regard des autres. Sois unique et magnifique !

Tel est l’un des mots d’ordre de la culture voguing, dont les implications politiques et identitaires sont là pour aider les jeunes LGBT de couleur qui avaient besoin, pour respirer, expulser leurs angoisses, leurs peurs et libérer qui ils étaient, de faire de leur corps un théâtre de revendications et de flamboyances. Joie, colère, revendication... la danse de Kiddy Smile pense.

La musique de Kiddy Smile célèbre le son des clubs gays des années 1990, mais n’opère pas un simple revival. On y entend aussi l’univers d’un jeune homme d’aujourd’hui qui sait que la banlieue est aussi le lieu du machisme de notre société. Il se livre et n’hésite pas à émouvoir avec le même romantisme désespéré d’un "Smalltown Boy" 30 ans plus tard.

Kiddy Smile, rattrapé par son image politique, doit aujourd’hui préciser que son album n’est pas militant, mais simplement le reflet de sa vie. Une vie sex, house and queer.

Légende du visuel principal:
Pierre Hache, alias Kiddy Smile, artiste, producteur et DJ français... Il s'est spécialisé dans la musique "voguing" et sort cette année son premier album "One Trick Pony" (Neverbeener Records - 2018) © Getty / Foc Kan
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