Pour célébrer le Brésil, au surlendemain des 100 jours de Bolsonaro à la tête du pays, Rebecca Manzoni met à l'affiche de Tubes & Co le morceau "Águas de Março" d’Antônio Carlos Jobim, dans la version qui l'a rendu célèbre : celle de son auteur et de la chanteuse Elis Regina.

À Los Angeles, en mars 1974, Tom Jobim et la chanteuse brésilienne Elis Regina se tiennent debout autour du micro. Jobim donne des indications au guitariste.

Écoute. Tu sais, il y a ce mec-là, qui coupe du bois, de l’autre côté de Rio. Imite-le, ça te donnera le rythme.

Curieusement, on ne pense pas du tout à un type qui coupe du bois quand on écoute "Águas de Março". On pense plutôt à une musique de début du monde. Petit à petit, tous les instruments vont épouser le débit de Jobim et Regina. 

Au Brésil les "Águas de Março", les eaux de mars, annoncent la fin de l’été et le début de l’automne. Tom Jobim se sert de l’image pour raconter les cycles d’une vie d’homme, avec les visions et les sensations qui les jalonnent. Il fait l’inventaire d’événements à la fois minuscules et importants ; il les énumère sans hiérarchie :

Un geste, un visage de dégoût, une marche de promeneur, la mort, un oiseau sur le sol.

C’est ainsi que fonctionne la mémoire : cela ne fait pas toujours le tri. 

Le morceau "Águas de Março" figure sur un album magnifique qui s’intitule Elis & Tom, composé de duos entre elle et lui. En 1974, Elis Regina a 29 ans et Jobim 47. Il incarne la première génération de la musique brésilienne moderne. C’est l’un des pères de la bossa nova, qui a accompagné la naissance d’un Brésil nouveau et démocratique au milieu des années 1950. Regina est de la génération suivante. Elle participe au mouvement tropicaliste, en lutte contre la dictature militaire au pouvoir depuis 1964. "Águas de Março", c’est l’union de ces deux générations, qui racontent en chanson l’inquiétude et le panache de la vie.

La chanson n’a ni couplet ni refrain. Quant à la mélodie, on croit que ça monte, et puis, juste après, ça descend. À la demande de Jobim, Moustaki en a fait une adaptation française en 1973 sous le titre "Les Eaux de mars". Elle était plus mélancolique, parce que le duo d’Elis et Tom, c’est deux gamins qui chantent comme on joue au ballon. Au début, c’est elle qui le pousse de l’épaule. Elle vient le chercher et Jobim se laisse faire. Enfin, ils finissent par se marrer.

Pour la séquence finale d’une émission qui s’intitulait EclectiK, Jean Rochefort s’était retrouvé seul avec micro et magnétophone dans son salon et c’est "Les Eaux de mars" qu’il s’était mis à fredonner.

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POPANDCO - La minute de solitude de Jean Rochefort

  • Légende du visuel principal: C'est à Antônio Carlos Jobim, dit Tom Jobim, que l'on doit la chanson "Águas de Março" © Getty
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