À l'occasion du dixième anniversaire de la mort du chanteur, Pop & Co est consacré toute la semaine à Alain Bashung. Pour le deuxième épisode, Rebecca Manzoni se penche sur l'univers poétique du chanteur, dessiné, album après album, parolier après parolier, et porté par une voix et une scansion uniques.

Il y a toute une littérature passionnante et savante sur les textes de Bashung. Il y est question d’isotopie ou d’homogénéité phonique. Et puis il y a ses mots à lui, dans une interview donnée aux Inrockuptibles en 1991 où il résume : 

D’un côté, j’ai envie d’être clair. De l’autre, ça me fait chier.

Être explicite et à sens unique, ça n’a jamais été l’idée. Boris Bergman, premier parolier des albums de Bashung, plonge autant dans l’univers des westerns que dans la mythologie du rock’n’roll, qu’ils aiment tous les deux, pour écrire des chansons. Dans la chanson "Rebel", sur l'album Pizza, on entend dans le refrain la formule « Yé nen pé plou ! ». Il faut y comprendre "Je n'en peux plus". Boris Bergman l'a balancée, dans un soupir, par épuisement, parce qu’il n’arrivait pas à venir à bout du morceau.

D’un parolier à l’autre, de Boris Bergman à Jean Fauque, Bashung va transformer le rock en France, pas à pas. Contrairement aux yéyés, il n’en a jamais fait un truc de jeunesse, parce qu’en enregistrant son premier album à 30 ans, Bashung était déjà un vieux débutant. Mais quand même, le rock avait encore à voir avec la rébellion, un sursaut. Et, petit à petit, il en fait autre chose : un enjeu de recherche et d’élégance. Il explique :

J’ai parfois utilisé des mots qu’on avait perdu de vue. « Souliers », « dauphine ». Les mots neufs, ça peut être des mots anciens qui renaissent.

Jean Fauque lui donnait des pages et des pages de textes et Bashung coupait, recollait, malaxait. Au regard des auteurs du patrimoine comme Brassens, Brel ou Aznavour, il n’a jamais raconté une histoire avec un début et une fin, dans ses chansons. C’est l’un de ses points communs avec les textes de Léo Ferré. Encore aujourd’hui, on le voit sur les réseaux sociaux, certains prennent ça pour de l’arrogance. Pourtant, son répertoire est plein d’avis de défaite, d’amours blessées et d’érotisme.

De ses chansons, on retient des bouts de phrases qui déboulent dans nos vies comme des mots de passe ou des devises : « Délaissant les grands axes, j’ai pris la contre-allée ».

Plus Bashung vieillit et plus la tension de ses chansons passe par son phrasé. Sa façon de distiller les mots par bribes, qui rend certains morceaux impossibles à chanter, parce que l’on se retrouve toujours bancal, avant ou après lui. Sur le morceau, "Faites monter", sa voix est pleine, son assurance un peu intimidante, comme si Alain Bashung était un sorcier.

ALLER + LOIN

Toute la semaine du 11 mars, Pop & Co de Rebecca Manzoni, Manouk' & Co d'André Manoukian et Very Good Trip de Michka Assayas consacrent une programmation spéciale à Alain Bashung :

Une nouvelle intégrale de l'œuvre d'Alain Bashung, avec démos, archives, bonus et inédits, vient d’être éditée sous le titre Immortel.

Pop & Co conseille une série de publications autour d'Alain Bashung dont les références figurent plus bas sur cette page, dans l'encadré intitulé, selon toute logique et grande vraisemblance, "Les références". 

  • Légende du visuel principal: "Délaissant les grands axes", "dresseur de loulous"... Les paroles de Fauque, Bergman ou Manset pour Bashung sont devenues des maximes, presque des devises. © Getty
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