Le musicien et chanteur Rachid Taha est décédé ce mercredi 12 septembre 2018 à l'âge de 59 ans. Pop & Co rend hommage à cet artiste éclectique qui a su combiner un militantisme corrosif à une recherche éclectique d'innovations musicales, et dont la renommée à l'international était mésestimée en France.

En 1979, Rachid Taha est intérimaire dans une usine de radiateurs, à Lyon. Parmi les ouvriers, il y a deux guitaristes : Mohamed et Mokhtar Amini. Rachid Taha raconte : 

Notre ambition, ça n’était pas de devenir des rockstars. C’était juste de gueuler ce qu’on avait sur le cœur.

Déjà, le nom de leur groupe en dit long : c’est Carte de séjour. Gueuler ce qu’a sur le cœur un garçon né à Oran et qui a la vingtaine dans la France des années 1980. 

Dans le morceau _"Rhorhomanie"_de Carte de séjour, il demande : 

Qui a dit les noirs, c’est louche ? Qui a dit les Rhorhos, y’en a trop ?

Les « Rhorhos » désignent les Maghrébins dans cette chanson. Taha fait partie de ceux qui inventent une langue ; l’arabe, le français et l’anglais s’y mélangent. La chanson rend aussi hommage à Jimi Hendrix, à James Brown et à Jimmy Cliff. Parce que ça, c’est mieux que le kiff.

Le militantisme de Rachid Taha passe, entre autres, par un devoir de mémoire, en réactualisant le patrimoine qui l’a nourri. C’est ainsi qu’il fera un tube de "Ya Rayah" et qu'il reprendra "Écoute-moi camarade", une chanson de la fin des années 1960, signée Mohamed Mazouni. Le texte raconte un amour déçu, dans lequel c’est la fille qui trahit. Cette fille, c’est la France. Taha disait que ça résumait son vécu. Il disait :

Français tous les jours. Algérien, pour toujours.

Cela dit, la figure et la discographie de Rachid Taha ne se réduisent pas à un discours politique, loin de là. Dans la scène musicale française, il a fait rimer rock et raï, certes, mais avec son producteur anglais Steve Hillage, il fut pionnier de bien d’autres mélanges inédits.

Avec la chanson intitulée "Kelma", par exemple, Taha et Hillage réussissent, à l’intérieur d’un même morceau, le croisement entre blues, musique celte, son de guimbarde country, tambour berbère et, plus tard, trompettes de mariachis. Le titre figure sur l'album Olé Olé, paru il y a plus de vingt ans et qui n’a pas pris une ride. La chanson fut repérée par Carlos Santana, qui en fit une reprise.

C'est l'une des preuves que Rachid Taha bénéficiait d’une reconnaissance internationale dont on ne prend pas toujours la mesure en France. Robert Plant, de Led Zeppelin, David Byrne, Brian Eno l’ont salué et faisaient partie de sa galaxie. Et puis, il y a les Clash, qu’il rencontre rapidement, après avoir assisté à leur concert à Paris, en 1981. 30 ans plus tard, Mick Jones, guitariste des Clash, entend ceci :

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Rachid Taha sur la scène du festival Solidays, en 2001 © Getty / Julien Hekimian/Sygma/Corbis/Sygma
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