Deuxième épisode d'une semaine spéciale consacrée à Mai-68 en musique, ce 'Pop & Co' se penche sur la traduction dans la chanson française de la libération des mœurs, amorcée dans les années 1960. Ou comment quelques années ont permis aux femmes de dire leur désir et leur plaisir... et de les chanter !

"Déshabillez-moi"... Qui d'autre que Juliette Gréco pour chanter le désir féminin avec classe ?
"Déshabillez-moi"... Qui d'autre que Juliette Gréco pour chanter le désir féminin avec classe ? © Getty / jon Mili/The LIFE Picture Collection

Pour quelqu'un qui n’aurait pas vécu Mai-68, il serait facile d'avoir tendance à fantasmer l’époque. On entend « Révolution sexuelle » et on s’imagine que, tout de suite, ce fut la fête du slip. Mais non. Dans la vie, comme dans les chansons, parler et le faire librement, ça a pris du temps. Il s'agit donc d'une évolution qui a commencé avant 1968.

En 1966, une chanson française dit le sexe en avançant planquée derrière des confiseries à sucer. Cette "farce" se fait au détriment d’une jeune fille, qui est hélas la première à ne rien comprendre. Le morceau est signé Serge Gainsbourg et l’interprète s’appelait France Gall. Elle avait 19 ans. Et si la naïveté de France Gall d'alors continue d’en faire ricaner certain·e·s, elle vivra cet épisode comme une humiliation.

Mais c’est une autre femme qui va initier la libération sexuelle dans la musique hexagonale. En 1967, Juliette Gréco choisit d’interpréter"Déshabillez-moi". C'est elle qui dirige les opérations parce que pour ce qui est de son désir à elle, elle a bien étudié le dossier. En interprétant cette chanson, Juliette Gréco, féline, toise le monsieurrien qu’avec sa voix.

Qui d’autre que Gréco pour chanter le désir féminin avec classe ? Après tout, c'est elle qui disait :

Je n’ai jamais été un corps. Personne n’a jamais vu publiquement ni mes jambes, ni mes seins, ni mes fesses.

Elle termine par ailleurs cette chanson, composée par Gaby Verlor et écrite par Robert Nyel, par cet ordre ultime :

Et vous ! Déshabillez-vous !

Après "Déshabillez-moi", le désir féminin va devenir un enjeu pour la chanson. La même année, 1967, Brigitte Bardot demande à Serge Gainsbourg de lui écrire la plus belle chanson d’amour qu'il puisse imaginer. Et c'est ainsi que "Je t'aime… moi non plus" franchit une nouvelle étape dans la mise en son du plaisir sexuel. En effet, vers la fin du morceau, Bardot cesse de chanter… 

La chanson déplaît beaucoup au Monsieur Bardot de l’époque, Gunter Sachs. Brigitte demande à Serge de ne pas la publier.Gainsbourg s’exécute, avant de l’interpréter avec Jane Birkin deux ans plus tard.

Pendant ce temps, que se passe-t-il dans les chambres à coucher des Français ? 

Le documentaire 68, année érotique de Philippe Lagnier (diffusé sur France 3 le 30 avril 2018) en donne un aperçu, notamment avec une archive radiophonique de l’émission Allô Ménie ?. Au cours de celle-ci, chaque jour, à 14 heures, la psychanalyste Ménie Grégoire répondait aux questions des auditeurs sur RTL.

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Allô Ménie ? - Extrait du documentaire '68, année érotique' de Philippe LagnierPar Philippe Lagnier / Ménie Grégoire / RTL

C'est très difficile d'être une jeune fille aujourd'hui...

La bande-son des années 1960 raconte aussi cela. Beaucoup de chansons de l’époque affirment encore que c’est avec un chiffon à la main que les femmes sont dans leur rôle. Ainsi, en 1969, Sylvie Vartan chante "On a toutes besoin d’un homme".

la suite à écouter...

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