À l'occasion de la parution de "The Chic Organization - 1977-1979", un coffret rassemblant les premières parutions du groupé créé par Nile Rodgers et Bernard Edwards, les meilleurs morceaux de Chic sont dans Pop & Co ce lundi matin. De quoi commencer la semaine dans une ambiance de boîte de nuit et de liberté.

Le 31 décembre 1977, le guitariste Nile Rodgers et le bassiste Bernard Edwards souhaitent entrer au Studio 54, la boîte à la mode du New York de ces années-là. Ils ont beau dire que Grace Jones les attend à l'intérieur, le videur leur répond qu'il n'en est pas question. Pour entrer là, c’est non. Alors ils s’en retournent et écrivent un truc qui dit :

Fuck off, Studio 54!

Après quelques séances de travail, ce « Fuck off! » (un juron) est devenu « Freak out! », refrain du tube génial de l'année 1978 "Le Freak".

Le coffret The Chic Organization - 1977-1979 réunit notamment les trois premiers albums de Chic, soit le meilleur d’un duo afro-américain qui prend l’habitude de mettre du français dans ses chansons avec les titres "Le Freak (C’est chic)", "Savoir-faire" ou "Est-ce que c’est chic ?"... Et Niles Rodgers l’explique ainsi :

En Amérique, on avait un gros problème de racisme. Donc on a pensé que si on prétendait être des Français qui jouaient du funk américain et qu’on était sophistiqué, on pourrait contourner le problème.

Sophistiqué dans le look, dans le verbe et dans la musique, alors que commencent à s’imposer les débraillé·e·s du punk. Rogers et Edwards peaufinent une mécanique de précision et maîtrisent la pratique virtuose du breakdown : ce moment d’un morceau où l'on supprime tout... ou presque. (On peut l'entendre à merveille dès le morceau "Dance Dance Dance... Yowsah! Yowsah! Yowsah!", le premier single enregistré par Chic.)

Dans son excellente autobiographie, Rodgers explique, que ces breaks étaient la raison de vivre de Chic. Il déclare :

Une chanson sert juste d’excuse pour arriver au refrain. Et le refrain sert juste d’excuse pour arriver au break.

Après le break, il est de coutume que tous les instruments réapparaissent petit à petit. Il y a le plaisir de la montée, progressive, le plaisir de l’attente... avant l’épiphanie !

Car il n'était en effet question que de cela : bouger son corps pour la danse et pour le sexe. Chic signe la bande-son d’une époque de liberté avec la pilule et avant le sida où Noir·e·s, Blanc·he·s, homos et hétéros se frottaient sur la piste. Sur l’album Risqué figure le titre "Good Times" avec ces vers qui disent :

Oublie tes soucis. Les jours heureux sont de retour. C’est notre nouvel état d’esprit.

Ce morceau-là est l’un de ceux qui racontent le plus l’influence de Chic bien au-delà du genre disco : la ligne de basse que l'on y entend et que l'on doit à Bernard Edwards a donné naissance au premier tube de rap, "Rapper’s delight" de Sugarhill Gang, de même qu'elle a largement inspiré John Deacon, du groupe Queen, pour "Another One Bites the Dust".

Le fantôme d’Edwards, comme la guitare de Rodgers, hantent les tubes d’un duo masqué, dès la fin des années 1990 : Daft Punk.

la suite à écouter...

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Le groupe Chic avec, à gauche, Nile Rodgers et, à droite, Bernard Edwards, fondateurs du groupe, le 18 novembre 1979 à Paris © Getty / Marc FONTANEL/Gamma-Rapho
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