Est-ce plutôt du post-punk ou de la new wave ? Est-on vraiment dans la tête et les pensées d'un tueur en série ? Pourquoi cette phrase (« Qu'est-ce que c'est ? ») et ce pont chantés en français ? D'où vient donc ce "Fa fa fa fa fa fa" ? Éléments de réponse dans ce Tubes N Co dédié à "Psycho Killer" de Talking Heads...

En 1977, "Psycho Killer" est joué depuis quelques années déjà dans un club new-yorkais du sud de Manhattan : le CBGB. Le nom complet c’est CBGB & OMFUG, acronyme qui signifie « Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers », soit, en français « Country, bluegrass, blues et autres musiques pour gourmandiseurs raffinés ». En réalité, c’est là que naquit le punk américain, avec les Ramones, Blondie ou Patti Smith. Or, quand les Talking Heads déboulent au milieu des hirsutes du quartier, le journaliste Jean-Pierre Lentin raconte :

Ils ont l’air de trois collégiens en polo, jeans repassés et pantalons de tergal. Rien à voir avec les outrances du punk.

Il en va de même pour leur musique : un son propre et net, comme désinfecté. On y entend nettement une ligne de basse, entrée dans l’Histoire, exécutée par Tina Weymouth, des motifs de guitare funk, assurés sur disque par Jerry Harrison, une batterie robotique, sans effets ni roulements de tambours (le gars derrière les fûts s’appelle Chris Frantz), et David Byrne au chant.

En 1977, New York est une ville délabrée. Pour protester contre les coupes budgétaires, les syndicats de policiers distribuent des brochures dans les aéroports avec pour titre : « Bienvenue dans la cité de la peur ». En 1976, Scorsese met en scène des tueries au cœur de New York dans Taxi Driver. "Psycho Killer" est donc un morceau en phase avec les pulsations de la ville : le monologue d’un tueur en série, qui déteste les gens malpolis. David Byrne interprète ce tueur psychopathe comme un comédien, grimaçant, entre démence et souffrance.  Byrne chante en français, comme si dans sa tête, ils étaient plusieurs. Tout un passage de "Psycho Killer" est dans la langue de Molière, sur une musique de cabaret. Ainsi, on est à New York, avec un type qui parle français... et on se croirait chez Kurt Weill.

"Psycho Killer" annonce la new wave. Délibérément habillé comme un premier de la classe, David Byrne est incontrôlable. Il a des manières doucereuses et crie une seconde plus tard. Il a des gestes amples, un coup, et des mouvements épileptiques celui d’après. Sous ses airs proprets, le groupe Talking Heads réussit un tube entre groove et froideur. La provocation de faire danser la planète sur le monologue d’un psychopathe.

  • Légende du visuel principal: En 1977, le groupe Talking Heads connaît la gloire grâce au tube "Psycho Killer" et son mythique "Fa fa fa fa fa" © Getty / Gijsbert Hanekroot / Redferns
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