Étant l'un des gagnants du sondage #MonTubesNCoEst lancé sur Twitter à la fin du mois d'août, c'est le morceau "Mamma Mia" du groupe ABBA qui passe à la moulinette du Tubes & Co de Rebecca Manzoni. C'est un tube efficace, bien qu'il regorge de bizarreries (et la reprise qu'en fit Karen Cheryl n'est pas la moindre).

"Mamma Mia" est un morceau sur lequel des millions de personnes dans le monde entier ont déjà dansé. Pourtant, dans son introduction au marimba, ABBA enjoint quelque peu à gagner la piste avec la démarche bancale d’un lapin Duracell. Le titre figure sur l'album ABBA, paru en 1975. Le groupe a remporté l’Eurovision l’année précédente avec "Waterloo" et d’aucuns s’imaginent qu’il est comme tous les lauréats : le groupe d’un seul tube. "Mamma Mia" est la première démonstration du contraire.

"Mamma Mia", c’est l’histoire d’un chef-d’œuvre pop : quelque chose d'entêtant, qui semble couler de source alors qu'il est rempli de bizarreries. Dans la première minute, on entend en effet les habituelles guitares, basse, batterie, mais aussi, marimba, violons et hautbois. Ils n’étaient pourtant là que pour quelques secondes seulement. Parce que se saisir de la pop pour étaler sa virtuosité, n’est pas le genre de la maison suédoise. Comme le dit simplement Björn, guitariste du groupe : 

On aurait pu constituer une firme de comptables, mais il se trouve que nous étions musiciens.

Comptables, ils le sont peut-être devenus par la suite, mais en termes de musique, ABBA, c’est du grand art. Sans l’arrogance des premiers de la classe. Et alors que les quelques mesures grandioses et électriques qui précèdent le refrain laisseraient penser que celui-ci sera un feu d’artifice, un déluge de sons, "Mamma Mia" est l’un des rares exemples d’un succès pop où le refrain se fait plus modeste que le reste de la chanson.

Parfois taquine, l’autorité musicale peut s'interroger :

Comment veux-tu qu’ABBA soit crédible ? Ils sont tou·te·s sapé·e·s comme des trapézistes.

Une question qui a le mérite de résumer l’accueil critique qui fut réservé à ABBA tout au long des années 1970. Les Beatles et les Beach Boys venaient de fixer de grandes ambitions artistiques à la pop. Après eux, une bonne partie du rock’n’roll a commencé à se prendre au sérieux. Pendant ce temps-là, l’objectif affiché d’ABBA était surtout de nous divertir.

"Mamma Mia" raconte pourtant des déchirements amoureux. Frida et Agnetha chantent : 

Je ne pourrais pas compter toutes les fois où j’ai dit que c’était fini nous deux. Mon Dieu, comment puis-je te résister ?

La violence d’une passion plus forte que l’esprit. "Mamma Mia", c’est du Racine au pays des fjords.

Malheureusement, le morceau fut adapté en français pour Karen Cheryl et ses chorégraphies de majorette… avec une première phrase devenue culte.

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En 1976, Björn, Benny, Agnetha et Frida, membres du groupe ABBA, portaient des kimonos © Getty / RB/Redferns
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