A l'occasion de la parution de la biographie de Bernard Estardy intitulée "Le Géant - Itinéraire d'un génie du son" et écrite par sa fille Julie Estardy, Pop & Co retrace ce lundi la vie et le parcours singuliers de cet ingénieur du son, arrangeur et compositeur qui fut incontournable pendant près de 40 ans.

C'est à 22 h 15, un soir de l’année 1969, que Bernard Estardy, sur son tabouret, ses grosses paluches sur les boutons de la console du studio, assure la prise de son de la chanson "Que je t'aime" interprétée par Johnny Hallyday, qui deviendra le tube que l'on sait. Johnny est face au micro, de l’autre côté de la vitre. Juste avant que la caisse claire et la trompette ne marquent l’appel au chant, dans le casque, Estardy murmure à Johnny :

Vas-y, envoie la sauce mon grand !

Bernard Estardy fut un ingénieur du son de génie. Un homme qui savait trouver l’exact équilibre entre les éléments qui composent une chanson, avec un grand talent pour l’enregistrement des voix. Pour "Que je t'aime", il suit celle de Johnny à la trace et la pousse à la limite de la saturation pour le refrain.

Le livre de Julie Estardy Le Géant - Itinéraire d'un génie du son propose une entrée dans les coulisses des grands tubes, une plongée dans l’ambiance à la fois rigolarde et ultra-précise du studio CBE, que Bernard Estardy a co-construit de ses mains, en juin 1966. Un studio cosy comme un saloon et à la pointe de la technologie. Estardy y enregistre, compose, arrange, y passe sa vie. Une vie comme l’épopée d’un éclectisme généreux, entièrement dédiée à une seule et unique cause : une bonne chanson

Estardy, c’est le point commun entre Carlos et Gérard Manset. Pour Carlos, il a notamment co-écrit la musique de "Big Bisous" avec Joe Dassin. Pour Gérard Manset, il co-réalise plusieurs albums. Avec lui, Estardy jubile. C’est l’occasion d’expérimentations, avec un fatras de câbles et de tournevis, pour trouver de nouveaux sons. Estardy raconte :  

C’était une quête du Graal par des petits cons qui cherchent à transgresser les règles. 

Résultat : la chanson "Animal on est mal" prend à revers toute la production française de l’année 1968 : guitare de ménestrel, rock’n’roll, "pschitt" de musique de chambre qui a l’air sorti d’un gramophone... et puis une chèvre !

La vie d’Estardy, c’est saisir qu’une bonne chanson est le fruit du génie autant que de bidouilles et de hasards. Il est le sauveur de nombreuses chansons, parmi lesquelles "Le Sud" de Nino Ferrer. D’abord enregistré à Londres, "Le Sud" fut perdu, mais Estardy réarrange le morceau et trouve les notes au piano qui vous mouillent l’œil, à la fin de chaque refrain. Le Géant - Itinéraire d’un génie du son, paru chez Gonzaï Media, est un livre de Julie Estardy, fille de Bernard. Aujourd’hui, c’est elle qui pilote le studio CBE cofondé par son père.

  • Légende du visuel principal: Les plus grands noms de la variété francophone des années 1960 à 1990 (dont le Néerlandais Dave, en chemise rouge) sont passés par le studio CBE de Bernard Estardy (à gauche en chemise blanche) © Aucun(e)
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