Le morceau "Oh, Pretty Woman" de Roy Orbison a été écrit et composé en 1964, soit 26 ans avant le film qui le fit découvrir à une nouvelle génération. Dans les années 1950 et 1960, Orbison fait partie des précurseurs du rock & roll, aux côtés d'Elvis Presley et de Jerry Lee Lewis. Mais son style détonne légèrement...

Ce morceau s'ouvre par un rythme qui évoque le martèlement d’une paire de talons. Rapidement arrive une guitare, qui a l’air de poser une question : « C’est qui, celle-là ? », semble-t-elle demander. Réponse : une femme... qui appartient à une catégorie fascinante, celle des femmes qui savent toujours où elles vont.

"Oh, Pretty Woman" raconte donc l’histoire d’une belle femme qui marche dans la rue et d’un type qui la regarde, au bord de la pâmoison. En 2018, d’aucuns pourraient imaginer qu’il s’agit là de harcèlement de rue. Que nenni. Parce que Roy Orbison était un homme qui posait un genou à terre plutôt qu’une main aux fesses. On a d’ailleurs tort de ne retenir que le refrain de cette chanson, alors qu’elle recèle en son sein une ballade romantique. En effet, pendant que cette femme marche avec détermination, Roy, quant à lui, s’abandonne à une douce rêverie.

C'est à Roy Orbison, l'un des pionniers du rock & roll, que l'on doit le tube "Oh, Pretty Woman" en 1964. Il pose ici avec sa guitare dans sa chambre au Westbury Hotel de Londres, le 10 octobre 1964.
C'est à Roy Orbison, l'un des pionniers du rock & roll, que l'on doit le tube "Oh, Pretty Woman" en 1964. Il pose ici avec sa guitare dans sa chambre au Westbury Hotel de Londres, le 10 octobre 1964. © Getty / H. V. Drees

En 1964, le rock and roll a une dizaine d’années. Il est porté par des mâles riches en testostérone... Tout cela « sent un peu le vestiaire ». Roy Orbison fait bien partie des pionniers aux côtés d'Elvis Presley, de Jerry Lee Lewis et de Johnny Cash. Toutefois, à rebours de l’arrogance virile de ses collègues, dès 1957, Roy chante un morceau intitulé "Chicken Hearted", dont voici quelques vers :

J’aimerais être un mauvais garçon, mais j’ai trop peur que l’on me fasse mal. J’ai un cœur de trouillard.

Roy Orbison deviendra ainsi la voix du rock et du mélo. Dans The Dark Stuff - L’Envers du rock de Nick Kent, Orbison déclare : 

Les années 1960 étaient une époque très macho. Toute trace de sensibilité était regardée de travers.

Aussi, il est, dans cette chanson, un détail pour le moins intrigant. Une sorte de grognement, entendu au milieu du morceau. Il dure moins d’une seconde, ce grognement de bête qui a l’air sorti d’un Tex Avery. Mais, lorsque l'on écoute la piste vocale seule de "Oh, Pretty Woman", on saisit tout de suite que ce gars a du coton dans les manches : il grogne comme on fait des gargarismes.

Si "Oh, Pretty Woman" est le récit d’un homme qui mate, il frôle néanmoins l’avis de défaite. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Une femme marche, un homme l’admire et la supplie... Mais comme elle semble ne pas le remarquer, il n’insiste pas. Il renonce avec un simple « Okay. ». Seulement, Roy Orbison met en scène la suite, comme au cinéma. En virtuose de la dramaturgie musicale, il ne garde que la batterie pour le retournement de situation.

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