Pour le quatrième épisode d'une semaine spéciale consacrée à la façon dont les événements de Mai-68 ont bousculé la musique, 'Pop & Co' s'intéresse à la nouvelle génération d'artistes français·e·s issu·e·s de 1968. Avec elles et eux, les événements remettent notamment le texte au cœur de la chanson.

1968 ou l’éclosion d’une génération d’artistes qui renouvelle la façon de dire autant que le son
1968 ou l’éclosion d’une génération d’artistes qui renouvelle la façon de dire autant que le son © Getty / Wolfgang Kunz/ullstein bild

Parmi ces auteurs-compositeurs-interprètes dont la carrière doit en partie à Mai-68, il y en a même un qui écrit sa toute première chanson pendant les événements. Il s'agit d'un texte jamais gravé sur disque, dont le titre est, ni plus ni moins, "Crève salope". Il a 16 ans et il s’appelle Renaud. Dans la Sorbonne occupée, Renaud l’interprète à la guitare sèche, avec trois accords piqués à Hugues Aufray.

Avec "Crève salope", le fait est que l'on est loin du twist, des flirts et des virées en bagnoles que les yéyés chantaient au début des années 1960. Avec Mai 68, les enjeux de la chanson française sont donc en train de changer. Les événements remettent le texte au cœur de la chanson. On ne chante plus seulement pour s’éclater, on chante aussi pour dire quelque chose.

Un exemple avec un jeune homme qui a 21 ans en 1968, lorsqu'il est lauréat du concours La fine fleur de la chanson française. Il s'appelle Bernard Lavilliers et, s'il tente d’abord d’incarner ce retour de la chanson à textes en mettant des accents circonflexes sur les voyelles, il va vite trouver son style avec des thèmes issus de Mai-68. Il commence à écrire sur la vie ouvrière, le travail à l’usine. En musique, il applique ce slogan de Mai 68 qui disait : 

Les frontières on s’en fout !

Lavilliers est l’un de ceux qui mêlent rythmes latino-américains et chansons à textes. En 1975, il a le génie de célébrer les hauts fourneaux de Lorraine, sur des rythmes tropicaux, avec la chanson "Fensch Vallée".

1968 sera en définitive l’éclosion d’une génération d’artistes qui renouvelle la façon de dire autant que le son. Cette évolution va de pair avec un changement dans l’industrie du disque. Des labels indépendants comme Saravah s’épanouissent. En dehors des circuits commerciaux habituels, ils ouvrent la voie à une chanson française qui envoie valser la structure classique couplet-refrain. Ainsi font Higelin & Areski avec le morceau "Signalétique", paru en 1969.

Changer la vie, piétiner les codes, c’est aussi s’ouvrir à des musiques révolutionnaires comme le free jazz qui s’affranchit des standards et des grilles habituelles du jazz. En 1970, Brigitte Fontaine s’associe ainsi à l’Art Ensemble of Chicago pour l’albumComme à la radio. Ce faisant, cette femme posa les jalons d’une chanson française d’avant-garde.

la suite à écouter...

Bonus

Suite au décès d'Aretha Franklin, nous avons modifié ce vendredi 17 août la grille de nos programmes pour proposer la rediffusion du Tubes N Co connsacré à "Think".  Vous trouverez ci-dessous le 5e et dernier épisode de la série "Sous les couplets, la plage" consacré à Joe Dassin :

Une chronique à télécharger ici 

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