Paru grâce à l'association des deux labels No Format et tôt Ou tard, "1958", le nouvel album de Blick Bassy doit son titre à l'année au cours de laquelle le militant indépendantiste camerounais Ruben Um Nyobè fut assassiné par l’armée coloniale française. Blick Bassy s'empare de cet héritage avec un disque superbe.

La photo en une du Mondedaté des dimanche 14 et lundi 15 avril 2019 montrait un homme debout, le poing levé. Il illustrait la nouvelle vague des révoltes arabes en Algérie et au Soudan. Cette image est comme un écho à la pochette de 1958, le nouveau disque de Blick Bassy. On l’y voit de profil et, au sommet de son crâne, une statue d’un autre homme debout et poing levé aussi. Cet homme s’appelait Ruben Um Nyobè. Il a lutté pour l’égalité au Cameroun, l’indépendance et l’unité du pays dans les années 1950.

Le disque de Blick Bassy questionne les révoltes d’hier autant que celles d’aujourd’hui : qu’est-ce qu’on a fait et qu’est-ce qu’on fera des luttes menées ? 

Le nouvel album de Blick Bassy s'intitule 1958, parce que c’est l’année où Ruben Um Nyobè fut assassiné par l’armée coloniale française. Blick Bassy ravive la mémoire de ce héros que les autorités camerounaises, sous férule française, ont voulu oublier. Dans le morceau "Ngwa", la voix de Blick Bassy devient chant de procession collectif. En langue bassa, « Ngwa » signifie « l’ami ».

En regard de cette figure historique de Ruben Um Nyobè, Blick Bassy fait exister la jeune génération camerounaise à travers un personnage qui s’appelle Sango Ngando. Le garçon rêve surtout de devenir mannequin et d’emballer les filles, mais il n'y a pas d’aigreur, ni de hargne dans la musique de Blick Bassy. Des chroniques allègres et une voix de conteur.

Dans la lignée de son album précédent, déjà évoqué dans Pop & Co, Blick Bassy prend le parti de ne pas utiliser de batterie. Motifs de guitare en boucle et violoncelles, c’est ce qui fait le socle des chansons. Des touches de sons électroniques pour souligner la dramaturgie des morceaux, et puis des cuivres, troisième signature musicale de ce disque.

Dans Interférences, l’émission de Mathieu Conquet sur France Inter, Blick Bassy expliquait que, pour lui, le son du trombone évoque l’arrivée du train, dans le village où il a grandi. Dans le morceau "Woñi", quand on entend les cuivres, on pense plutôt à ceux qui titubent en sortant des bars. Blick Bassy y raconte la peur que vivent les Camerounais·es et l’alcool pour garantir l’oubli.

  • Légende du visuel principal: On doit la parution de '1958', nouvel album de Blick Bassy à l'association des deux labels No Format et tôt Ou tard © Justice Mukheli
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