Édith Piaf est dans 'Tubes & Co' ce vendredi. À l'heure où la matinale de France Inter s'exporte en Russie, retour sur cette chanson septuagénaire qui symbolise la France à l'étranger, presque autant que la baguette, le béret et la Tour Eiffel. Alors que la Môme Piaf n'en était même pas la première interprète !

Quand il me prend dans ses bras / Qu'il me parle tout bas / Je vois la vie en rose. / Il me dit des mots d'amour / Des mots de tous les jours / Et ça me fait quelque chose.

"La Vie en Rose" est une chanson dont tout le monde peut chanter le refrain. C’est Piaf qui l’a écrit, comme tout le reste du texte et la musique, d’ailleurs. En 1954, Piaf participe à l’émission de radio Panoramiques. Mais l'émission aurait aussi bien pu s’intituler Tata Édith raconte, tant la création même de cette chanson relève d’un conte, la légende d’un succès mondial dont personne ne voulait au départ. Dans l'émission de radio, Piaf joue les dialogues de la scène, au cours de laquelle elle présente sa chanson à sa compositrice, Marguerite Monnot. Marguerite lui aurait dit :

Tu ne vas pas chanter des stupidités pareilles. Je t'en prie, pas toi.

Jusque-là, les chansons d’amour de Piaf, c’est la fureur de la passion pour des types qu’elle a dans la peau et le chagrin qui va avec. Or "La Vie en Rose" raconte l’amour heureux. Or, l’amour heureux en chansons, c’est comme une romance de série B : ça devient vite rasoir. Piaf écrit la chanson en 1946 et la confie d’abord à une de ses amies qui s’appelle Marianne Michel. C’est donc cette Marianne Michel qui crée la chanson et, avec elle, "La Vie en Rose" devient une rengaine de boudoir.

Cette version souligne bien que "La Vie en Rose" est la preuve que ce qui fait une chanson, c’est d’abord son interprète. Quand Piaf se décide à l’enregistrer, on n’est plus dans un boudoir, mais dans une cour d’immeuble. Dans un texte-hommage qu’il a dédié à Piaf, Léo Ferré chantait :

À force de gueuler, gueuler, même des conneries / Mais avec quelle allure ! / T’étais un con d’génie.

Même quand Piaf chante la promesse d’un amour heureux et éternel, on a l’impression que l’histoire va mal finir. Pourtant, c’est sa version qui va faire de "La Vie en Rose" une sorte de "Marseillaise" du cœur, un hymne national non officiel, un symbole hexagonal, à côté de la baguette de pain et de la Tour Eiffel, une image d’Épinal du romantisme à la française, exportable dans le monde entier.

C’est ainsi que Line Renaud chanta "La Vie en Rose" en japonais. Mais la meilleure des reprises fut exécutée 30 ans après la sortie de la chanson, en 1977, donc. Sur fond de bossa nova synthétique, "La Vie en Rose" est transformé par une Jamaïcaine en robe lamé et cheveux ras. Des pavés parisiens originels, on passe à une ambiance de bar de palace. "La Vie en Rose" par une reine de la nuit, c'est Grace Jones en diva disco.

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