Composé en 1968 par Michel Polnareff et considéré aujourd'hui comme l'une des plus belles chansons du répertoire français, “Le Bal des Laze” a failli connaître un bide monumental. À l'époque boudé par les radios, le grand public lui préfère la face B du 45 tours, écrite et composée à la hâte : "Y'a qu'un ch'veu".

La scène se passe en 1968, dans les studios Barclay de l’avenue Hoche, à Paris. La pièce est éclairée par 5 000 bougies qu’on est allé acheter fissa au drugstore. Polnareff a aussi exigé des tentures de velours noir pour les murs. Le décor est posé. "Le Bal des Laze" peut commencer.

En 1968, les ritournelles en tête des classements racontent une envie de légèreté. Les succès de l’époque sont"Petite Fille de Français moyen" par Sheila ou "Siffler sur la colline" de Joe Dassin. Pendant ce temps, Michel Polnareff compose une marche funèbre. "Le Bal des Laze" n’a pas de refrain ; une chanson populaire qui s’écoute, plus qu’elle ne se fredonne.

Avec "Le Bal des Laze", Polnareff réalise en France ce que les Beach Boys et les Beatles ont accompli Outre-Atlantique et Outre-Manche : élever la musique pop au rang d’œuvre d’art. Cette ambition est malheureusement loin d’être acceptée par tout le monde et Polnareff est bien placé pour le savoir : c’est un pianiste virtuose qui a reçu une formation classique à la baguette et, interviewé à la télévision française face à la harpiste Martine Géliot en 1967, il se présente comme « un affreux jojo ».

Il parvient pourtant à hisser la pop et la variété au même rang de respectabilité que la musique dite « grande ». Sa culture classique, il l’a d’abord rejetée au profit du rock, par esprit de rébellion, avant de la réapprivoiser. "Le Bal des Laze" redéfinit les canons de la pop française sans l’ombre d’une guitare ni celle d’une batterie. C’est la bande-son d’une procession qui sonne comme dans une église... avec une basse électrique au milieu de la nef.

Dès 1969, Polnareff compose des bandes-originales de films comme celle d'Erotissimo ou de _La Folie des grandeurs_. Mais, dans "Le Bal des Laze", sa musique seule suffit à fabriquer des images : on voit la brume, le point du jour... et un homme qui avance vers l’échafaud.

La chanson "Le Bal des Laze" est la première collaboration entre Michel Polnareff et Pierre Delanoë. C’est lui l’auteur de ce texte magnifique qui raconte l’histoire d’un condamné à mort. Un vagabond qui a tué le fiancé d’une fille de la haute société, dont il est amoureux. Un assassin qui ne se repentit pas et qui conclut la chanson en se disant prêt à recommencer.

Or, des paroles qui évoquent un récidiviste et qui parlent de la mort aussi frontalement, la radio publique estime que ça n’est pas diffusable. La censure n’est donc pas officielle, mais bien réelle. On ne passera pas"Le Bal des Laze" sur les ondes mais on retournera à la place son 45 tours pour y trouver "Y'a qu'un ch'veu". C’est le titre de la face B. Un truc écrit en vitesse. Pierre Delanoë demande : « Qu’est-ce que tu veux ? » Polnareff répond : « N’importe quoi, je m’en fous. » Et c’est vrai que ça s’entend.

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►►► Le coffret Polnareff - Pop rock en stock rassemblant la quasi-totalité de l'œuvre de Michel Polnareff a paru le 8 décembre 2017 chez Universal Music.

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En février 1968, quand paraît le 45 tours de la chanson "Le Bal des Laze", qu'il compose, Michel Polnareff a 23 ans. © Getty / REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho
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