En août 1970 se tient la troisième et dernière édition du festival de musique de l'île de Wight. Une foule immense y assiste. La Canadienne Joni Mitchell, alors âgée de 26 ans, affronte un public très agité dans un concert qui fera date. Un documentaire retraçant cette aventure vient d'être publié en DVD.

C’était le dernier festival hippie, sur l’île de Wight, du 26 au 29 août 1970. Cela fait seulement 38 ans, mais, en regardant ces images, on a l’impression que cela fait des siècles. Parce qu’aujourd’hui, à l’entrée des festivals et des concerts, on se retrouve les bras en croix, frôlé·e·s par un détecteur de métaux. Mais en 1970, l’enjeu sécuritaire n’existait pas. Et même plus : la jeunesse le refusait, avec tout le reste. Cet été-là, les mômes donnent de grands coups de pieds contre les barrières qui entourent le site. Ils prennent à partie les organisateurs du festival :

Cet endroit pue, mec ! Ce festival, c’est juste une affaire de fric. Les artistes aujourd’hui, c’est la nouvelle élite. Ils devraient jouer gratuitement !

C’est dans cette ambiance que Joni Mitchell monte sur scène au cœur de l’après-midi. Dans le documentaire Joni Mitchell - Both Sides Now : Live at the Isle of Wight Festival 1970, signé Murray Lerner et paru récemment en DVD, elle témoigne 30 ans plus tard et déclare :

Ils m’ont offerte à la bête.

On l’a suppliée, prétextant qu'il n’y avait personne d'autre, qu'elle. Sans doute que les autres collègues avaient piscine. Mais elle, elle y va. Seule, avec sa guitare et la peur au ventre. Elle y interprète notamment "Big Yellow Taxi",  l’une des premières chansons qui dénoncent la destruction de la planète. En 1997, Janet Jackson fera un tube ("Got Til It's Gone"), en échantillonnant ce morceau.

Aujourd’hui on sait que sans Joni Mitchell, il n’y aurait pas eu Rickie Lee Jones, Suzanne Vega ou Björk. On sait qu’elle a ouvert la voie à des parcours de musiciennes libres et exigeantes. Mais à l'île de Wight, en 1970, elle n'a alors que 26 ans et n'a sorti que trois albums folk. Pourtant ce concert raconte déjà sa différence. Sa chanson "Woodstock", par exemple ne célèbre pas l’idéal hippie ; c’est une ballade mélancolique, qui en pointe les limites

À la fin de ce titre, un spectateur monte sur scène pour lui prendre le micro. On évacue le garçon ce qui fait hurler la foule de 600.000 personnes. Joni Mitchell prend alors la parole.

Écoutez-moi une minute. J’exprime mes sentiments à travers ma musique. Mais, je trouve que vous vous comportez comme des touristes, les gars. Respectez-nous un peu.

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La chanteuse canadienne Joni Mitchell sur la scène du festival de l'île de Wight en 1970 © Getty / Tony Russell/Redferns
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