À l'occasion de la parution du livre "Girls Rock" de Sophie Rosemont, Pop & Co s'intéresse aux figures marquantes et puissantes qui ont, chacune à leur façon, marqué et qui marquent encore l'histoire du rock'n'roll : de l’androgynie de Patti Smith, au glamour de Debbie Harry, en passant par Véronique Sanson.

En 1948, Sister Rosetta Tharpe exécute un geste révolutionnaire. Elle empoigne un instrument du diable : une guitare électrique. Calée dans ses escarpins, Rosetta Tharpe est la pionnière du rock, la première à avoir l’intuition de mélanger gospel, blues et électricité. Dès le début de son livre Girls Rock, Sophie Rosemont rend donc à Rosetta ce que l’on croyait appartenir à César. Sans Rosetta, pas de Little Richard ni de Chuck Berry et, à l’époque où Rosetta Tharpe chantait "Didn't It Rain", Elvis était encore en train de se moucher dans les jupons de sa mère.

Au début des années 1970, l’historienne Michelle Perrot inaugurait un cours intitulé « Les femmes ont-elles une histoire ? ». Près de 50 ans plus tard, l’histoire des femmes dans le rock reste encore très largement à raconter. Mais Sophie Rosemont écrit :

Je vois d’ici ceux qui vont soupirer, exposer l’argument de la volonté stérile d’opposer les deux sexes.

Girls Rock restitue surtout de grandes figures de la musique mondiale et ces moments où les femmes empoignent leur histoire, comme quand Rosetta a empoigné sa guitare. Ce moment où Aretha Franklin transforme "Respect" d’Otis Redding en hymne féministe. Ce moment fantastique d’un concert à l’Olympia, à Paris, en 1968 où Aretha chante : 

Tout ce que je te demande, c’est un peu de respect quand tu rentres à la maison. Allez bébé, montre moi ce que tu sais faire.

En 2018, au cœur du mouvement #MeToo, Belinda Cannone publiait une tribune dans Le Monde dans laquelle elle écrivait : 

Le jour où les femmes se sentiront autorisées à exprimer leurs désirs, elles ne seront plus des proies.

En musique, les femmes n’ont pas demandé l’autorisation, elles l’ont prise. Et cette façon d'exprimer son désir et de l’incarner de toutes les façons possibles a infusé dans la société entière, que l’on soit musicienne ou non. De l’androgynie de Patti Smith, au glamour hollywoodien avec Debbie Harry du groupe Blondie, en passant par Véronique Sanson.

Plutôt que d’opposer les sexes, Girls Rock établit des liens. Une continuité entre des femmes qui se sont inspirées les unes les autres. Sophie Rosemont a interviewé Jain, Clara Luciani, ou Barbara Carlotti pour parler des femmes grâce auxquelles elles ont pu se dire : « Et pourquoi pas moi ? » Jeanne Added évoque Courtney Love et sa rage, sur laquelle elle s’est appuyée, pour composer son tout premier disque, Be Sensational. Quatre ans plus tard, elle remporte les Victoires de la musique de la meilleure artiste féminine et de l'album rock avec Radiate, son deuxième disque.

  • Légende du visuel principal: Parmi les gestes fondateurs qui ont marqué l'histoire du féminisme en musique, il y a la chanson "Respect" d'Otis Redding, chantée en 1967 par Aretha Franklin © Getty / Michael Ochs Archives
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