C'est un morceau sans refrain avec seulement deux instruments, un piano et une basse. C'est l'histoire d'un vampire qui se lance dans une nuit de débauche. On entend le titre du morceau seulement à la fin de celui-ci et il n'a pas grand-chose à voir avec la chanson. Pour tout cela, "Champagne" est dans Tubes & Co.

Enregistré au Château d'Hérouville, le morceau "Champagne" donnera son élan au double-album 'Champagne pour tout le monde' et 'Caviar pour les autres'
Enregistré au Château d'Hérouville, le morceau "Champagne" donnera son élan au double-album 'Champagne pour tout le monde' et 'Caviar pour les autres' © Getty / Jean-Louis URLI / Gamma-Rapho

Jacques Higelin raconte avoir enregistré "Champagne" au lever du jour. Celui qui pilotait l’enregistrement s’appelle Laurent Thibault. Ils s’étaient endormis tous les deux sur la console du studio et la journée a commencé en enregistrant ces mots :

La nuit promet d'être belle...

Pourtant Thibault et Higelin ne sont pas en grande forme. En 1979, Higelin a commencé l’enregistrement de son nouvel album en Louisiane, poursuivi le mixage à Londres et rien n’allait. Le mythique studio du Château d’Hérouville, où Laurent Thibault et lui se retrouvent, était sur le point de fermer ses portes pour liquidation. "Champagne", c’est l’ultime panache. Higelin en orateur coquin, sa voix pleine d’échos avec son emphase rigolarde.

Higelin est au piano. Il ponctue le morceau avec des glissades sur le clavier. Des glissades en toboggan, à toute blinde, pour plonger dans la fête.

Quand on écoute ça à 10 ans et quelques, c’est la chanson miracle qui vous pousse vers le dico. A la lettre L comme "lubrique" ou B comme "bacchanales". Une poésie raffinée pour le récit d’une orgie sexuelle.

Pas de refrain pour "Champagne". Un récit touffu, mis en musique par deux musiciens seulement. En 1979, le punk pousse ses premiers cris et Higelin fait un tube avec « gorgones » et « Walkyries », mais sans guitares ni batterie. Sur un piano et un clavinet, il y a sa frappe nette en saccades, et puis les ondulations des basses mélangées, tenues par Bernard Paganotti.

Le texte renvoie à la poésie du XIXème siècle et la bande-son est futuriste. La chanson miroite. Bienvenue dans la galerie des glaces.

L’orgie fantastique de "Champagne", ça pourrait être la description d’une cérémonie païenne comme un grand concert de rock, la musique du diable à l’honneur, avec l’apparition de l’artiste Lucifer en personne. De grands concerts comme les siens. Jacques Higelin pouvait interpréter les vers de "Champagne" comme un salut au public.

Une chanson signature qui raconte le pianiste et la façon dont Higelin a mené sa vie. A la journaliste Valérie Lehoux, Higelin confiait que les monstres ne sont pas ceux que l’on croit. Le monstre, c’est le raisonnable. Et "Champagne" se termine par cette dédicace :

A la folie qui m’accompagne et qui jamais ne m’a trahi.

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