Pour une matinale spéciale en direct de Rennes, Didier Varrod revient sur un sur événement historique musical survenu, à Rennes, justement, en 2017. Le 16 septembre, dans la salle de la Liberté, le groupe Marquis de Sade se reformait pour un soir.

Bonsoir Rennes ! Nous sommes les Marquis de Sade.

Ces quelques mots comme dans un rêve, en ouverture du concert... C’est ainsi que s’est instantanément rallumée la flamme qui offrait  au rock français une naissance culturelle, tournant le dos à la mythologie américaine pour s’ouvrir à l’espace historique européen qui, de Berlin à Bruxelles en passant par Rennes, donnait enfin son identité au rock hexagonal. La reformation inespérée du groupe Marquis de Sade, c’est, pour toute une génération, un retour sur nous-mêmes, le choc d’un commencement : celui de l’éveil, du désir, de la beauté et, surtout, d’une liberté qu’il fallait conquérir. Marquis de Sade : 1977-1981. Patrice Poche, plasticien rennais qui s’était mis en tête de fêter les 40 ans de l’existence de Marquis de Sade, a réussi l’impensable : provoquer l’étincelle.

Étrangement, c’est le fantôme de Conrad Veidt, acteur allemand des années 1930, qui offre à la ville de Rennes sa révolution culturelle et son manifeste esthétique, par une chanson qui porte son nom. Rennes est ainsi devenue la Mecque du rock à la fin des années 1970, précisément parce qu’elle avait pour elle la géographie et un événement singulier : l'ouverture d'une liaison de ferry trans-Manche au départ de Saint-Malo.

C'est grâce à cela qu’Étienne Daho parfait sa culture londonienne et que Christian Dargelos, premier punk rennais, bassiste en devenir, est le premier à importer le punk londonien. Derrière, tout va très vite et Marquis de Sade, avec Philippe Pascal et Franck Darcel, érotisent en électricité et bientôt en rythme une ville, puis un pays, qui cherchent à entrer en résistance contre le conformisme de la contre-culture qui, soi-disant, égratigne le pouvoir giscardien. Marquis de Sade, c’est en fait davantage une tension, bien plus qu’une révolution...

Dans le sillage de Marquis de Sade vient très vite la création des Rencontres Trans Musicales. Le chanteur des Kalachnikov, plus connu sous le nom de Dominique Sonic, expliquera par la présence d'iode dans le climat particulier, une telle effervescence à Rennes. Question d’iode, peut-être, mais surtout de cette fusion « Rock & Rennes » qui se sent confusément dans les rues de la ville, dans ses lieux et dans le regard instantanément moderne des gens que vous croisiez. Name-dropping new-wave de rigueur pour les jeunes personnes d'alors, qui plus d’une fois s'évaporaient dans ce magma d’avant garde : Béatrice Macé, le Liberté, Frédéric Renaud, la salle de la Cité, Pierre Thomas, la rue de la Soif, l’Ubu, Sergueï Papail, Terrapin, la Maison de la Culture, Hervé Bordier, Richard Dumas, Jean-Louis Brossard, Sax Pustuls, Anzia, Étienne Daho, Stéphane Plassier, Anne Claverie, Thierry Hopais, Jean-Éric Perrin, Rave ö Trans, Extasy, Françoise Deschamps, Niagara, Thierry Alexandre... Des noms et des lieux qui, eux aussi, ont inventé à leur façon la citoyenneté et le vivre ensemble dans une utopie réalisée.

Et puis, surtout, la musique de Schoenberg, la mythologie du Copy Art, cinq Européens en costumes électriques, les violons du bal sont cassés... le cinéma expressionniste adapté à une gestuelle. Très loin des grands espaces américains. Egon Schiele. Et le magnétisme de Philippe Pascal qui vous dit :

J’ai toujours traversé ma vie avec les yeux fermés, avec le regard de l’intérieur.

Une intériorité qui construira la modernité dans ce qu’elle a de plus transgressive et inventive.

De ce concert de Marquis de Sade à Rennes le 16 septembre 2017 reste un enregistrement et donc un disque, intitulé 16 09 17.L'essai sera transformé le 18 mai à Art Rock Saint Brieuc et le 26 mai à la Villette Sonique à Paris.

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