Pour ouvrir une semaine spéciale de 'Pop & Co' consacrée aux liens et bousculades entre les événements du mois de mai 1968 et la musique, Rebecca Manzoni décortique la façon dont les musiques de Mai-68 racontent et documentent la révolte populaire : des chansons de barricades au plus étrange des disques documentaires.

La vérité, c'est qu'il y a un monde entre les mélodies chantées dans la rue pendant Mai 68 et celles que diffusait l’ORTF à l’époque. Parce que, du 13 mai au 23 juin 1968, la radio publique est en grève. Elle diffuse donc, en boucle, des titres a priori inoffensifs. Dont cette chanson-travelling, que Jacques Dutronc a publié en avril : "Il est cinq heures, Paris s'éveille".

Cette chanson, d'ailleurs, fait le lien entre la radio et la rue. Parce que les manifestants en reprennent l’air, mais ils changent complètement les paroles, ronéotypées pendant les assemblées. C’est Jacques Le Glou, futur producteur de cinéma, qui est l’auteur du détournement de la chanson. Il est toujours cinq heures, mais Paris n’est pas tout à fait le même :

Les 403 sont renversées. Les Ford finissent de brûler. Le vieux monde va disparaître. Après Paris, le monde entier.

Dire que cette rhétorique du « vieux monde » est récupérée et resservie par d’autres 50 ans plus tard, en 2018. En 1968, toutefois, le Président Macron n’était pas né et la chanson se met au service de la Révolution. Pour cela, un label discographique est créé, il s’appelle justement « Expression spontanée » et c’est sur ce label qu’une protégée de Guy Béart se met à publier des chansons-slogans ; elle s’appelle Dominique Grange.

En écoutant "À bas l'état-policier", par exemple, on se rend compte que Dominique Grange ne prend pas le temps d'élaborer des orchestrations compliquées : dans l’urgence, une guitare suffit pour marquer le rythme du défilé.

Dominique Grange est une voix nouvelle en 1968. Mais que font les artistes plus installés ?

Plutôt que des chansons-tracts, les Ferrat, Nougaro et Ferré poétisent la révolution après coup. Début 1969, Léo Ferré publie un album sur lequel figurent "Les Anarchistes" et "Comme une fille".

Au milieu de ces morceaux qui commentent la Révolution plus qu'ils ne la documentent, il y a un disque OVNI. Un truc incroyable, fait de collages entre chansons et reportages tournés au cœur de l’action par Chris Marker et William Klein. Cet album s’intitule Magny 68. Il est signé d’une femme qui s’appelait Colette Magny. Dans un morceau intitulé "Nous sommes le pouvoir", elle dit que chanter, c’est dérisoire et, à la fin du morceau, elle cale une conversation entre une étudiante de la faculté de Censier et une dame, qui est au téléphone et qui lui demande des nouvelles de son fils. Le résultat est à la fois prodigieux et désopilant.

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Des étudiants manifestent et scandent des slogans, à Paris, le 30 mai 1968 © Getty / Reg Lancaster
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