Le groupe britannique The Specials, connu pour avoir fait les grandes heures du ska dans les années 1970 et 1980 et soufflé un vent de protestation contre le régime Thatcher, revient avec un nouveau disque intitulé "Encore". Avant un concert à la Cigale, à Paris, le 8 avril, The Specials sont à l'affiche de Pop & Co.

Dans Encore (Deluxe), l’édition augmentée de ce nouveau disque, figurent évidemment les enregistrements inédits des Specials, auxquels vient s'ajouter, en bonus, une série d'enregistrements en live. La moitié de ceux-ci fut enregistrée au Bataclan en novembre 2014. Ces moments de concerts sont l’occasion de se remettre dans l’oreille la grande histoire d’un groupe qui a écrit les hymnes les plus puissants de la jeunesse britannique au tournant des années 1970 et 1980.

Des chansons politiques, contre l’Angleterre de Margaret Thatcher, avec une bande-son comme une terre d’accueil qui mélangeait punk, ska, rock, soul, jazz, etc. Dans le morceau, "Ghost Town", on trouve a description de ces villes fantômes où il n’y pas plus rien : ni boulot, ni fête, mais une jeunesse qui se bastonne. La chanson fut écrite en 1981. C’était l’Angleterre ; ça pourrait être la France, et ça n’a pas pris une ride.

Près de 40 ans plus tard, l’esprit des Specials est toujours bien vivant pour la jeunesse anglaise. Lorsque Saffiyah Kahn, 19 ans, fait face pacifiquement à l’extrême-droite anglaise en 2017, elle porte un t-shirt des Specials. La photo a fait le tour du net.

Le groupe la contacte, lui propose de poser sa voix sur l’un de leurs nouveaux titres. La consigne est la suivante : 

Tu écris le texte. On s’occupe du reste.

Et les trois sexagénaires qui composent aujourd’hui The Specials mettent en scène la parole de cette femme de 21 ans, avec solennité. La chanson s'appelle "10 Commandments". La jeune femme y déclame les mots suivants :

Les commandements, selon moi, Saffiyah Kahn. [...] Tu ne te rends pas compte que tu passes pour une conne quand tu demandes : « Pourquoi tu ne te maquilles pas ? » Est-ce qu’on a vraiment besoin de ça pour impressionner un mec qui n'a dans la tête que des tailles mannequin bien roulées et des seins qui défient la gravité ?

Le mérite de l’Angleterre conservatrice du Brexit, c’est de provoquer des disques rageurs et magnifiques, de remettre en selle un groupe qui n’avait pas publié d’album depuis 38 ans. Pendant toutes ces années, The Specials ont vu les effets de leur discographie fondatrice. Pourtant elle ne comptait que deux albums. Ils ont largement inspiré Gorillaz, Massive Attack ou Fat White Family. Avec ce troisième album, Encore, The Specials a toujours la grâce. Cette façon de ne jamais sacrifier les mélodies et la beauté des arrangements sur l’autel de leur discours politique.

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  • Légende du visuel principal: 'Encore', nouvel album de The Specials, a paru le 1er février © Josh Cheuse
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