Ils étaient jeunes, anglais et inconnus. Ils revendiquaient des influences américaines et composaient des morceaux qui suintaient la haine de soi. De surcroît, ils ne correspondaient pas vraiment aux canons de la beauté virile dans ces années 1990. Et pourtant "Creep" devint le premier tube mondial de Radiohead...

Radiohead, en 1993 à New York
Radiohead, en 1993 à New York © Getty / Bob Berg

Rediffusion de la chronique du 5 avril 2019.

Un tube, c’est le morceau qu’on ne choisit pas toujours d’écouter parce qu’on l’entend partout, dans les salles d’attente ou les supermarchés. Et une grande chanson, c’est justement celle qui transcende ces décors anodins, celle qui vous harponne, même si vous êtes dans la lumière blafarde d’un rayon frais. "Creep" de Radiohead pourrait avoir ce pouvoir-là, celui de changer la densité de l’air, où que l'on soit.

Quand Thom Yorke, chante « Tu es comme un ange » dans le premier couplet du morceau, on est sûr·e·s que ce n’est pas du chiqué, on est sûr·e·s qu’il sait que, pour lui, c’est perdu d’avance. Cette phrase, "You're like an angel", « Tu es comme un ange », c’est la déclaration d’amour d’un résigné, celle qui annonce le refrain : « I’m a creep », « J'suis un minable, un pauvre type ». En revanche, rien n’annonce la déflagration qui vient ensuite : la  guitare de Jonny Greenwood, énorme. Le journaliste Simon Price écrit :

Cette guitare claque comme une porte de prison sur les aspirations d’un garçon.

La suite à écouter...

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