Didier Varrod consacre son Pop & Co à "Darlène", le premier album du jeune Québécois Hubert Lenoir. Hubert Lenoir sera en concert à Paris le 17 avril 2019. D'ici-là, ce 26 février, c'est dans le 7/9 de France Inter qu'il impose son style libre et transgressif.

Hubert Lenoir, auteur-compositeur-interprète de 24 ans, a triomphé au dernier Gala de l’ADISQ (Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo), l’équivalent québécois de nos Victoires de la musique, en remportant quatre trophées. Révélation et consécration en même temps, Hubert Lenoir fait donc les choses vite et plus que bien.

Dès la première plage de l’album, "Fille de personne I", on pousse la porte de ce qui pourrait être un cabaret. Rock et baroque. Hubert Lenoir est là. Il nous fixe de sa moue boudeuse, insolente. Sa dégaine est un peu punk. Porter des robes sur un t-shirt hard rock, ce n’est pas une posture, ni une image : c’est la vie. À l’image de sa musique, où l’on passe de la pop à la chanson en passant par le glam, le rock progressif et le jazz sans complexe. 

Chez Hubert Lenoir, les étiquettes ne sont pas de saison. Sa musique exprime le désir vibrant de sortir de l’ennui qui fut le sien dans la banlieue de Québec. À Courville exactement, une petite ville, devenue un simple quartier, où l’on peut croiser le fer avec le monde romanesque de Darlène. Darlène, c’est une fille d’aujourd’hui. À la fois fille de personne et de tout le monde. Elle aussi ressemble à sa banlieue. Elle est l’héroïne double d’un roman et d’un disque. Hubert Lenoir l’accompagne dans son processus d’émancipation et il chante :

Je suis venu te dire que tu peux changer. J’ai un avenir de femme libérée.

L’album d'Hubert Lenoir parle de ce désir de changement d’une génération après « une décennie à marcher dans les mêmes rues, à descendre les mêmes escaliers, à commander au même dépanneur de la slush ». Désignés sociologiquement comme des enfants de l’ère post-Carré rouge, en souvenir du Printemps d’érable, Hubert Lenoir, nargue et fait un doigt impoli, dans un geste que ne renierait pas Gregg Araki, aux nostalgiques de la contre-culture d’hier, renvoyant dos à dos, néo hippies, écolo babas, punk repentis, et révolutionnaires des centre-ville. Hubert Lenoir invente sa gamme, ses partitions, sa sexualité et jouit de ses propres contradictions.

Hubert Lenoir témoigne aussi d’une forme de savoir transgénique, où les blockbusters américains voisinent avec une culture marginale.  Il témoigne aussi de ce désir de dégagisme au profit de la réinvention d’une utopie joyeuse. Hubert Lenoir, artiste totalement indépendant, est en passe de bousculer tout l’establishment musical canadien. En effet, après le Québec, il est nommé aux Prix Juno, les Victoires de la musique canadienne, et c'est la première fois qu'un album en français est en nomination dans trois catégories dans une compétition anglophone. Et le jeune homme de témoigner : 

Ça me fait me sentir comme une espèce de superstar multimillionnaire, Céline Dion 2.0

  • Légende du visuel principal: 'Darlène", premier album d'Hubert Lenoir, a paru sur le label Simone Records © Noémie Doyon
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