À l'occasion de la parution du beau livre “Les Arrangeurs de la chanson française” de Serge Elhaïk, Pop & Co se penche sur la carrière dense et bigarrée de l'une des figures majeures de la pop française et internationale. Cet homme est pourtant toujours resté dans l'ombre. Il s'appelait Michel Colombier.

Le livre Les Arrangeurs de la chanson française de Serge Elhaïk présente 200 arrangeurs de A à Z. Pop & Co s’arrête donc à la lettre C, comme Colombier, Michel. Sa musique a été beaucoup entendue, dans beaucoup de films, dont un date de 1968 : Le Pacha, de Georges Lautner. On y voit Jean Gabin avec ses cheveux blancs-jaunes et sa tête de contrarié. Il y a des clopes dans toutes les bouches et la scène se passe dans un studio d’enregistrement avec les boutons qui font « clac » pour lancer la bande. Dans ce film, tout est donc d’époque, sauf sa musique, qui a 10 ans d’avance, au moins : "Requiem pour un Con", chanté par Serge Gainsbourg et reconnaissable à son rythme, qui anticipe le hip-hop. Une fulgurance de Colombier, du grand art de mettre en scène une mélodie pop, sans l’encombrer d’inutile.

Michel Colombier se définissait lui-même comme Cyrano de Bergerac, dans la scène du balcon : on connaissait ses musiques, mais on ignorait qu’il en était le compositeur. Il appartient pourtant à cette génération d’après-guerre qui a changé la mise de la chanson française des années 1960.

Colombier explique : 

Pour mon père, il existait un vrai mur de Berlin entre le répertoire classique et le reste, qu’il méprisait. Moi, au contraire, j’ai toujours essayé d’organiser des fusions entre les musiques qui m’ont touché.

C’est ainsi que Michel Colombier entre dans l’aventure de la musique électronique dès 1967. Dans Messe pour le temps présent de Pierre Henry, les jerks sont signés Colombier.

Si l’œuvre de Colombier continue de façonner la pop d’aujourd’hui, sa discographie raconte aussi une époque. Celle où l'on pouvait réunir une centaine de musiciens à Paris et une cinquantaine d’autres à Los Angeles pour un album. En 1971, en effet, Herb Alpert, patron de maison de disques, est tellement fasciné par le génie de Colombier qu’il lui offre un budget illimité. Le résultat sera l’album Wings, première symphonie pop où se mélangent classique, jazz, électro. L’un des titres de ce disque accompagnait le début et la fin des programmes d’Antenne 2. Sur l’écran, des hommes, dessinés par Jean-Michel Folon, prenaient leur envol. Michel Colombier a composé ce morceau en mémoire de son fils, décédé à l’âge de 5 ans. Emmanuel, c’était son prénom et le titre de ce morceau.

Avec Michel Legrand, Maurice Jarre et Georges Delerue, Michel Colombier compte parmi ceux qui ont mené une deuxième vie de musicien aux États-Unis. Serge Elhaïk rapporte le coup de téléphone de Maurice White, leader du groupe Earth, Wind and Fire, qui mènera Colombier à Barbra Streisand, à Supertramp et même à Prince. Michel Colombier a en effet composé la musique de son film Purple Rain. Et puis, il y a... Madonna !

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De Barbara à Madonna, en passant par Air et Serge Gainsbourg, les collaborations de Michel Colombier jalonnent l'histoire de la musique du vingtième siècle © Getty / GAB Archive/Redferns
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