Une semaine de 'Tubes & Co' ? D'accord, mais à condition de réviser nos cours d'histoire ! C'est possible, ce mercredi, de faire les deux d'un coup, grâce au morceau "Rasputin" de Boney M., tube disco de l'année 1978, consacré à Grigori Raspoutine, pèlerin mystique russe, assassiné il y a plus d'un siècle.

Boney M en 1970
Boney M en 1970 © Getty / Fin Costello

Comment Raspoutine, personnage historique de la Russie tsariste, s’est retrouvé au cœur d’un hit disco de l’année 1978 ? C'est une histoire complexe... Toutefois, dès 1964, avec son très carolingien, "Sacré Charlemagne", France Gall avait déjà montré que la grande Histoire était compatible avec la futilité d’un tube.

Mais, l’intérêt de la chanson "Rasputin", c’est qu’elle a l’audace d’une hybridation dont seule la musique populaire a le secret : la rencontre, sur la même piste, entre la sensualité du disco et la brusquerie exclamatoire des cosaques russes. En 1978, alors que nous sommes en pleine guerre froide, ce morceau allie ainsi dans un même mouvement la boule à facettes de l’Occident et le kazatchok soviétique.

Cette même année 1978 , Boney M. est d’ailleurs le premier groupe de l’Ouest invité par l’URSS de Léonid Brejnev. Mais la chanson "Rasputin" y est censurée. Son refrain ne résonna donc pas aux oreilles des Soviétiques. Et pour cause, cette chanson met sous les projecteurs Grigori Raspoutine (1869 – 1916), personnage de la Russie pré-soviétique, homme influent et mystérieux de la cour du tsar Nicolas II. 

Mais la musique disco en a retenu avant tout la libido légendaire du monsieur. Le premier couplet nous apprend en effet :

Pour les poulettes de Moscou, Raspoutine était un séduisant amant.

Ce texte collait parfaitement à la mise en scène que le groupe Boney M. mettait en place pour chacun de ses shows : celle d'un mâle au torse velu, entouré de créatures prosternées. La pochette de leur deuxième album les montre, elles, nues et enchaînées au sol, et lui, debout, en slip doré avec un croissant de lune en pendentif. (Ou peut-être était-ce une dent de requin géant.)

Lui s’appelait Bobby Farrell. Alfonso de son prénom pour l’état civil. Il fut marin, gogo dancer, DJ... Et, comme chanteur au sein de Boney M., il ne fit que de la figuration. Car ce n’est pas sa voix que l’on entend sur le disque, mais celle de Frank Farian, son producteur allemand.

Boney M. est ainsi un groupe monté de toutes pièces avec un garçon et trois filles venues des Antilles et de la Jamaïque, qui chantent pour de faux un bout de l’histoire russe, en anglais... Le tout chaperonné par un producteur allemand ! Cela n’est plus un tube, c’est une mappemonde. Et l'on peut même ajouter la Turquie à cette géographie.

la suite à écouter...

Cet épisode de Tubes & Co a été diffusé pour la première fois dans la matinale du vendredi 15 avril 2016.

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