Trois ans après "You're Gonna Get Love", son dernier album en date, Keren Ann revient avec "Bleue", un nouvel album entièrement chanté en français, assez franchement mélancolique, au tempo plutôt lent et bien éloigné des canons radiophoniques. Et pourtant... "Bleue" est un album France Inter et il est dans Pop & Co.

S’asseoir d’abord. Et se prendre un bon verre de vin rouge, si possible. Les conditions seraient alors réunies pour appuyer sur « Play » et écouter Bleue.

Quand les chansons commencent, c’est une caméra qui se met en mouvement lentement. Au cœur de la frénésie ambiante, Keren Ann choisit le rythme de la ballade pour zoomer sur des détails et s’attarder sur des instants fugaces.

Le registre des chansons d’amour se diviserait en deux catégories : celles du bonheur de l’idylle et celles du chagrin de la rupture. Keren Ann fait partie de celles et ceux qui réussissent à écrire sur les deux dans un seul et même morceau. Elle raconte la flamme des débuts autant que les lendemains qui exaspèrent. Les doutes et les déceptions qui s’insinuent. Ces sentiments intimes et brouillés, elle les grandit avec des orchestrations amples et précises, comme dans la chanson "Bleu".

Keren Ann a publié un premier album il y a près de 20 ans. Elle s’est fait connaître pour avoir coécrit "Jardin d’Hiver" avec Benjamin Biolay, le tube qui a fait renaître Henri Salvador en grand chanteur de bossa nova. La voix de Keren Ann est dans cette veine-là : jamais tonitruante et avec un vibrato discret, ce qui contribue à faire de Bleue un album à double détente ; délicat, avec des cordes soyeuses, au premier abord, et d’une douceur cruelle, ensuite.

Toutes les chansons de Keren Ann sont faites de départs et d’arrivées. Elle-même est née en Israël, a grandi aux Pays Bas, vécu à New York et aujourd’hui à Paris. L’histoire de sa famille, comme celle de bien d’autres, a commencé ainsi : des Juifs contraints de fuir l’Europe de l’Est. C'est ce qu'elle raconte dans la chanson intitulée "Odessa, Odyssée".

Avec la justesse des textes, on s’étonne que le français ne soit pas la langue maternelle de Keren Ann. Elle a le souci d’une diction nette et aérée. Sur le disque elle invite un admirateur. Il est américain et chante avec le charme des « R » roulés, qui rapprocheraient le français de l’Italien. Il s’appelle David Byrne. Elle chante un duo avec lui, pas pour le plaisir de se faire des mamours, mais pour celui d’échanger posément quelques vacheries. C'est la chanson "Le Goût d'inachevé".

  • Légende du visuel principal: L'album "Bleue" de Keren Ann a paru le 22 mars 2019 sur le label Polydor © Aucun(e)
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