"Chauffe, Marcel, chauffe !" Cette expression passée dans le langage courant, on la doit à la passion de Jacques Brel qui, même lorsqu'il enregistrait ses chansons, les interprétait avec tout son corps, tout son cœur et toute son âme. Enregistrée il y a juste 50 ans, en septembre 1968, "Vesoul" est dans 'Tubes & Co'.

Les chansons parlent toutes d’aller au paradis ou en enfer. Mais certainement pas… d’aller à Vesoul.

C’est ce que Vincent Noyoux écrit dans un livre génial qui s’intitule Tour de France des villes incomprises.

Vincent Noyoux ajoute : 

Vesoul, ça évoque une ventouse qui n’adhère plus. Ça sonne mou et dégonflé.

Avec sa chanson qu'il intitule "Vesoul", Brel réussit tout le contraire.

À Paris, le 23 septembre 1968, au studio Barclay de l’avenue Hoche, Jacques Brel enregistre un nouvel album. Tout va bien, sauf qu’il manque une chanson et Brel n’a le studio que pour 10 minutes encore. C’est dans cette urgence que sera enregistrée "Vesoul". La mélodie : Brel l’a. Sa partie à la guitare sèche : il l’a aussi. Pour le reste, ce n’est hélas pas encore au point.

En 1964, Jacques Brel disait : 

La chanson n’est pas un art. C’est un domaine très pauvre.

Ce n'était pourtant pas vrai car "Vesoul", c’est au moins deux idées en trois minutes à peine : l’allégresse et l’accablement, dans le même temps. L’orchestration mise au point par l’arrangeur François Rauber mélange la gaieté du swing et celle de la musette, sur lesquelles Brel raconte la lâcheté d’un type. Cette virée, menée à fond de train, c’est l’histoire d’un homme qui subit et qui n’y peut rien. Un nageur emporté par le courant d’un rapide.

Les auditeurs et les auditrices peuvent parfois avoir l’impression que Brel était en colère quand il chantait, avec sa façon d’insister sur des bouts de mots. Il joue de cette colère dans "Vesoul". Il campe un bonhomme qui s’énerve, mais pour de faux. Il le sait, nous aussi. Alors on sourit... et on est complice.

La chanson est notamment connue pour le moment où Jacques Brel crie :

Chauffe, Marcel, chauffe !

Ce Marcel n'est autre que Marcel Azzola, qui tient l’accordéon. Il dit « Chauffe Marcel ! » pour encourager Azzola à faire des enluminures, « de la dentelle », comme il dit. « Chauffe Marcel ! », parce que cet accordéon surexcité, Brel voulait qu'il stimule son débit.

En décembre 1968, Jacques Brel s’amuse à changer l’orchestration du morceau et "Vesoul" s’embourgeoise.

En 1968, la guitare électrique triomphe et l'accordéon n'a pas vraiment le vent en poupe. Seulement, et dans cette version du mois de décembre, on s'en rend bien compte, quand Marcel Azzola entre en scène, ça ne fait pas un pli : l’accordéon, c’est rock. Bien des années plus tard, la scène du rock alternatif français saura s’en souvenir.

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Jacques Brel sur le tournage de 'Les Risques du métier' d'André Cayatte, en juillet 1967. Enregistrée après que Brel a décidé d'arrêter les tours de chant, "Vesoul" ne sera jamais jouée sur scène. © Getty / Reporters Associés / Gamma-Rapho
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